AfriqueS, terre inspirée, terre d’inspiration

Avec une croissance annuelle de 5,9% sur la dernière décennie, l’Afrique suscite l’intérêt. Mais les chiffres ne doivent pas faire oublier la réalité du terrain, celle d’un continent hétérogène, insuffisamment doté en infrastructures et en formation, où il est difficile de trouver des financements et où l’Etat de droit est parfois difficile à garantir. Mais sur l’ensemble de ces points, les progrès sont à portée de main. Il est temps d’entrer de plein pied dans la prochaine étape : celle d’une croissance économique au service d’un réel développement social.

Il n’y a pas une Afrique mais plusieurs Afriques

L’Afrique du Nord n’est pas l’Afrique de l’Est, ni celle de l’Ouest, l’Afrique centrale ou l’Afrique australe. En 2010, le PIB a ainsi crû de façon différentiée sur le continent : de 7,1% en Afrique de l’Est, 6,9% en Afrique de l’Ouest, 5,7% en Afrique centrale, 4,1% en Afrique du Nord et 3,5% en Afrique australe (selon la Banque africaine de Développement). Et même à l’intérieur de ces régions, il existe une diversité culturelle, sociale, d’ouverture au monde, linguistique, des systèmes juridiques différents (même si l’OHADA fête ses vingt ans), des niveaux de croissance économique et de développement du système bancaire et financier différents. Si les pays de la CEMAC[1], par exemple, se considèrent comme relevant d’une « sous-région » – celle de l’Afrique sub-saharienne –, il n’y a pas d’unicité. Enfin, les réalités politiques ne sont pas les mêmes d’un pays à l’autre. Pas d’Afrique, mais des Afriques donc.

C’est d’ailleurs cette multiplicité, que ce soit au sein des deux zones du Franc CFA (CEMAC et UEMOA[2]) ou dans les autres régions du continent (et jusqu’à l’intérieur des pays eux-mêmes) qui donne tout son sens à une approche locale et microéconomique du développement social et économique. Là où les autorités publiques nationales peuvent justement avoir du mal à adopter une approche cohérente pour tout le territoire, une approche régionale (au sens « local ») permet de rééquilibrer le niveau de développement des différentes régions d’un pays entre elles, et la participation de chacune à la vie économique du pays. Ceci afin de servir également et équitablement l’ensemble de la population et non plus seulement les deux ou trois grandes villes du pays. Et non plus uniquement, à l’exemple d’une borne wifi, les seuls acteurs économiques du proche entourage de l’unique centre économique, et/ou de celui qui disposerait du « code d’accès ».

L’appréhension du développement régional au sein d’un pays permettrait aussi de lutter contre l’exode rural, qui alimente les mégalopoles en fort développement. L’Afrique de l’Ouest compte aujourd’hui vingt-trois villes de plus d’un million d’habitants et la population africaine est pour un tiers urbaine, avec toutes les difficultés que cette situation peut engendrer : déstructuration familiale et sociétale, chômage, insalubrité de l’habitat, accès limité aux installations sanitaires (42% des urbains seulement), désœuvrement, etc. L’accès à l’eau potable et aux installations sanitaires, à l’instruction, aux moyens de production (agriculture, industrie, services), à une infrastructure de transport efficace doit être mieux réparti sur tout le territoire, en tenant compte des spécificités locales.

A l’image de ces migrations locales, le continent voit aussi se développer en son sein un processus migratoire important : la moitié des migrants africains demeurent en Afrique, et l’Afrique de l’Ouest serait la première région d’accueil des migrations africaines. Cette tendance n’est pas nouvelle : en 1990, le réseau d’enquêtes sur les migrations et l’urbanisation en Afrique de l’Ouest (REMUAO) a enregistré 22 000 migrations de l’Afrique de l’Ouest vers l’Union Européenne contre 258 000 migrations entre pays ouest-africains.

Afrique, le nouveau relais de croissance ?

Dans les années 1960, la croissance économique de l’Afrique était similaire à celle des pays d’Asie du Sud. Entre 1970 et 2000 cependant, le taux de croissance du PIB par habitant n’a crû que de 0,5% par an en moyenne, et l’Afrique sub-saharienne est aujourd’hui le continent le plus pauvre[3]. Mais durant les dix années qui ont précédé la récente crise financière, le continent a connu une croissance du PIB de 5,9% par an en moyenne. Le niveau de vie en Afrique, mesuré par le revenu par habitant, progresse aujourd’hui plus rapidement que dans les autres régions du monde, même si le rattrapage est loin d’être achevé et les divergences entre zones encore importantes. Ici comme dans le reste du monde, l’écart s’accroît entre les plus riches et les plus pauvres.

La mesure par le biais de la valeur ajoutée n’est certainement pas l’indicateur le plus pertinent de l’évolution socio-économique d’un continent qui a recours, par exemple, à la copropriété de l’outil de production. Le mode de répartition de la richesse a sa raison que notre vision  d’occidental peut ne pas appréhender correctement s’il considère l’Afrique avec ses yeux de « riche », tenté de raisonner sur la base de ce qu’il connaît d’un pays où il y a le choix, luxe auquel beaucoup d’Africains n’ont, à ce jour, pas accès (lire encadré 2).

Au-delà du seul PIB donc, il est prégnant ici d’étudier les données sociales relatives aux conditions de vie de la population. Et elles montrent une amélioration, en particulier sur la dernière décennie. Le continent a ainsi réduit la mortalité infantile – partant de 11,64% en 1980 – de 9,3% à 7,1% entre 2000 et 2010. Alors que, dans les années 1980, seule la moitié des enfants étaient scolarisés à l’école primaire, près des trois quarts le sont en 2010 selon la Banque Mondiale[4] (76,2% en moyenne, 74,5% pour les filles). L’espérance de vie est passée de 46,5 ans en 1980 à 48,6 ans en 2000 et 54 ans en 2010, mais elle demeure la région du monde à la plus courte espérance de vie (70 ans en moyenne dans le monde).

Même avec l’impact de la crise récente sur les économies africaines en 2009, les taux de croissance élevés et l’augmentation de l’investissement étranger laissent penser que le continent serait en passe de devenir le prochain moteur économique mondial, et le relais de croissance d’économies en mal de débouchés et de matières premières. Mais des risques demeurent en Afrique. Les entreprises qui y interviennent l’intègrent dans leur évaluation ex ante et les pèsent au regard des bénéfices attendus. Ici le cadre légal de l’environnement des investissements et de l’activité économique revêt une importance cruciale, de même que le respect même de ces règles de Droit et leur continuité dans le temps. Or ceci n’est pas assuré dans bon nombre de pays du continent, ce qui en fait un monde avec lequel les entreprises ne sont pas toujours familières.

Une étude réalisée par les experts de la Banque Mondiale sur 80 entreprises du continent[5] et parue en février 2013[6], tend à montrer que les entreprises de biens manufacturés en Afrique ont globalement des performances inférieures à celles de leurs concurrentes d’autres régions du monde. Elles ont des niveaux de productivité et de croissance moins élevés, exportent comparativement moins, avec des taux d’investissement plus faibles. Les entreprises du panel sont d’ailleurs meilleures dans les produits à faible technologie plutôt qu’intensives en haute technologie, distinction qui existe pour le secteur manufacturier mais pas dans les services. Les raisons à ce constat : le manque d’infrastructures, l’accès au financement (accès au crédit, y compris pour le financement des échanges commerciaux), des droits de douanes comparativement plus élevés, et un monopole politique plus fréquent.

Les entreprises africaines présentent par contre deux caractéristiques notables : elles sont en général plus jeunes que celles des autres régions du monde, et souvent plus ouvertes aux capitaux étrangers.

Vers des politiques industrielles, innovantes et « vertes » ?

La CNUCED indique dans son rapport de 2011 sur le développement économique en Afrique que, malgré certaines améliorations localisées, la majorité des pays africains stagnent ou régressent en termes d’industrialisation. La part de la valeur ajoutée marchande dans le PIB africain est tombée de 12,8%, en 2000, à 10,5% en 2008, tandis que dans l’Asie en plein développement, elle est passée de 22% à 35% sur la même période. On a également assisté au déclin de l’importance des biens manufacturés dans les exportations africaines, dont la part est tombée de 43% en 2000 à 39% en 2008. L’insertion de l’Afrique dans l’économie mondiale s’est néanmoins améliorée, et en particulier au cours des années 2000 : ses importations ont affiché une croissance de 14,3 % par an, alors que les importations mondiales ont crû de 8,8% sur cette même période[7]. Sa part dans la demande mondiale s’est accrue d’un point, pour atteindre 2,6 % en 2010. En dix ans, la part de marché des fournisseurs traditionnels de l’Afrique s’est tassée : la France est revenue à 8,9 % après 16,2 % en 2000, suivie des Etats-Unis (6,3 %), de l’Italie (6,0 %) et de l’Allemagne (5,9 %). La Chine est le grand gagnant, au détriment de la France principalement, et a vu sa part de marché en Afrique passer de 3,4 % en 2000, à 12,5 % en 2010, tandis que les autres BRIC (Inde, Russie, Brésil) ont conforté, à un degré moindre, leurs positions. Le constat n’est pas nouveau, les partenaires traditionnels du Nord se sont tournés davantage vers les pays d’Europe de l’Est au cours des années 1990, au détriment du continent. La Chine a pris le relais, avec d’autres pays d’Orient (Inde, pays du Golfe), avec des stratégies plus ou moins offensives. Au-delà de l’énergie, le dynamisme des achats de l’Afrique touche à peu près toutes les filières, avec des croissances à deux chiffres. Ses importations relèvent à 69 % des produits de moyenne technologie (véhicules, machines, fournitures électriques, métaux), qui correspondent précisément au positionnement de la Chine (plus de 60 % de ses exportations vers l’Afrique). La part des produits à faible technologie (20 %), comme celle des produits à haute technologie (11 %) pèse de moins en moins et a reculé de 4 points par rapport à 2000.

On peut néanmoins considérer que l’arrivée des pays émergents (Chine, Inde mais aussi Turquie) en Afrique a rendu le continent plus attractif aux yeux des investisseurs en général, et par conséquent donnent à ceux qui sont présents de plus longue date (en particulier les français) un profil a priori comparativement moins risqué.

Aujourd’hui, les pays africains ont besoin de politiques industrielles, politiques qui doivent avoir le plus faible impact environnemental possible. En effet, le continent est celui qui paiera le plus lourd tribut au changement climatique, et étant très agricole, il est extrêmement dépendant des ressources en eau et des évènements naturels. Il a aussi besoin de mesures orientées vers une participation active et gagnante du tissu économique local à l’insertion dans l’économie régionale et mondiale, des incitations dans les domaines technologique et de l’innovation. Le Gabon ou le Cameroun par exemple imposent depuis peu que les grumes ne puissent être exportées en l’état, elles doivent être transformées sur place avant exportation ; pour ce bois, il faut donc créer des usines de transformation, à même de produire des produits intermédiaires aux normes internationales.

Pour un véritable transfert de compétences

Comme elle n’existe le plus souvent pas ex nihilo, l’expertise doit être importée ; elle créera des emplois sur place, et permettra un transfert de savoir-faire à moyen terme. Les communautés d’affaires africaines sont plutôt ouvertes aux expériences et s’inspirent de ce que font les autres communautés économiques, en Asie (en Corée du Sud par exemple), en Europe de l’Est ou en Amérique du Sud. Mais à quand un réel transfert d’expertise, de compétence et de technologie? L’absence d’entretien des infrastructures (routes, chemin de fer, bâtiments) une fois bâties réduit sensiblement leur durée de vie et est la face la plus visible du coût considérable de ce non-transfert. Des voix s’élèvent sur le continent pour réclamer des relations économiques avec la Chine (et les autres acteurs) au bénéfice des deux contractants, « gagnant-gagnant » et non plus sous une forme asymétrique où « la Chine prend nos ressources naturelles et nous vend des biens manufacturés » comme le souligne le gouverneur de la Banque centrale du Nigeria, Lamido Samusi, dans une tribune du Financial Times le 11 mars 2013. Il dénonce le fait que « l’Afrique s’ouvre maintenant de son plein gré à une nouvelle forme d’impérialisme ». Ceci rejoint le problème de l’offre insuffisante de formation, en particulier dans le primaire et le secondaire; un nombre croissant d’africains qui ont fait leurs études á l’étranger reviennent travailler sur le continent, et participent ainsi activement à son évolution (et aux gaps technologiques en particulier). Mais quid des génerations futures? Quelques initiatives privées mettent efficacement en adéquation la qualification des étudiants et les besoins des entreprises, mais le système scolaire et de formation demeure globalement un problème prégnant.

Quelle place pour les femmes ?

L’OCDE souligne que l’analphabétisme des femmes reste extrêmement problématique: dans le groupe d’âge des plus de 15 ans, 51% seulement des femmes savent lire et écrire contre 67,1% des hommes. Le taux de mortalité maternelle enregistré en Afrique, de 866 décès pour 100 000 grossesses, est dû en partie à l’état lamentable des services médicaux qui fait que seuls 50,9% des accouchements bénéficient de l’assistance de personnel qualifié. Ce chiffre alarmant est le pire au monde.

Les femmes africaines constitueraient près de 70% de la force agricole du continent et produiraient environ 90% de toutes les denrées alimentaires. Le taux d’activité économique – le pourcentage de gens dont la force de travail assure la production de biens économiques – est supérieur concernant les femmes d’Afrique (61,9%) à celui d’autres régions (pays de l’OCDE compris). Cela étant, l’immense majorité des femmes africaines sont employées dans le secteur informel et/ou à des postes peu qualifiés. Le pourcentage de femmes salariées dans le secteur non agricole est à cet égard éloquent : il est de 8,5%, l’un des plus faibles du monde.

Un secteur bancaire et financier en mutation

De longue date, on a pu constater que les entreprises et ménages d’Afrique rencontrent des difficultés pour accéder à un financement externe – niveaux importants des intérêts et commissions, infrastructures financières insuffisantes et inefficaces, manque de profondeur des marchés et de financements longs. Mais les choses sont en train de changer, comme le souligne l’excellent ouvrage collectif « Financing Africa. Through the Crisis and Beyond » de 2011[8]. L’Afrique semble faire des progrès et réduire ces contraintes. Les nouvelles technologies et de nouveaux modèles d’entreprises ont autorisé l’arrivée de nouveaux acteurs et de nouveaux produits, et conduit à un développement régional très dynamique. On cite souvent en exemple le déploiement réussi du paiement sur mobile au Kenya, mais aussi la croissance externe importante ces dernières années, créant de grands établissements bancaires panafricains (Nigerians, marocains, groupes d’Afrique centrale ou d’Afrique du Sud…). Cette évolution a pu se faire au détriment des banques françaises : leur part de marché dans les crédits octroyés en Afrique de l’Ouest est passée en quinze ans de 35 à 16% selon la BCEAO. Le développement des établissements africains a globalement permis d’améliorer l’accès aux services financiers, en particulier l’épargne et les moyens de paiement. En outre, après plusieurs crises financières importantes dans les années 1980, le secteur est relativement protégé des crises systémiques depuis et n’a été que peu, à ce jour, impacté par la crise financière globale : les banques sont, en moyenne, bien capitalisées et liquides.

Les systèmes bancaires africains sont entrés dans la crise avec un faible levier, des niveaux de capitalisation importants et une liquidité suffisante. Mais le temps de l’argent bon marché et facile est révolu. Ceci est vrai des fonds privés, mais aussi des bailleurs de fonds officiels. À la suite des compressions budgétaires importantes dans la plupart des pays industrialisés, il est probable que les budgets d’aide étrangers soient amputés. Ceci va donner une place plus importante au financement privé, et aura des conséquences sur l’intermédiation financière domestique et l’intégration régionale. Il manque aujourd’hui des financements de trésorerie accessibles aux PME, mais aussi de long terme pour lesquels il conviendrait de développer les ressources de long terme tels que les fonds de pension ou d’assurance-vie ; le private equity et le venture capital font aussi cruellement défaut.

La dernière décennie a vu se développer l’ambition suprarégionale de grands groupes bancaires, qui entament aujourd’hui une période de consolidation. Ce développement sur le continent pose la question du risque systémique et de l’articulation de la supervision à l’échelle « home » et « host », et de la capacité des superviseurs à y faire face.

La place de l’Afrique bancaire et financière sur la scène internationale

L’internationalisation des règles et des lois pose aujourd’hui la nécessaire question de la pleine et entière intégration économique, bancaire et financière des acteurs africains sur la scène internationale. L’Afrique a besoin de monter en puissance et de faire entendre sa voix (et ses spécificités) dans la représentation internationale pour prendre sa place en tant qu’acteur « qui compte » et ne plus subir les décisions prises par d’autres mais y participer ou mieux anticiper (FATCA, normes comptables IFRS, Accords de Bâle, G20) et aller au-delà du seul domaine concurrentiel. Il faut développer l’affectio societatis de la communauté bancaire africaine, avec ses divergences mais aussi ses points de convergence. Les fédérations régionales bancaires et financières existent, que ce soit à l’initiative du secteur privé (citons les deux fédérations des associations bancaires de l’UEMOA et de la CEMAC, ou le Club des dirigeants africains) ou des superviseurs (dans le cadre de l’espace francophone), porteurs d’échanges au sein du continent mais également avec l’Europe, les Etats-Unis ou l’Asie. Ces initiatives montrent que les banques savent gérer un affectio societatis au service de la communauté et la dimension concurrentielle ; mais pourquoi pas plus d’ambition et s’inscrire davantage dans les débats internationaux ? La création en 2012 de l’Union bancaire francophone (UBF) participe de cet intérêt et permet aux communautés bancaires du Nord et du Sud d’échanger sur des sujets qui sont souvent d’intérêt commun. L’UBF réunit les associations bancaires des pays francophones d’Afrique, des pays arabes, d’Europe, ainsi que le Canada. La première conférence a permis d’échanger sur le thème de l’environnement des PME.

Comme l’a indiqué le Ministre des Finances d’Afrique du Sud, Pravin Jamnadas Gordhan, en novembre 2012 à Cape Town[9], le développement financier en Afrique subsaharienne doit être orienté autour des objectifs suivants : (i) faciliter l’investissement et la croissance plutôt que d’encourager le consumérisme alimenté par le crédit et les activités spéculatives ; (ii) distribuer les profits sur une base juste et équitable ; (iii) limiter les effets négatifs et les dommages collatéraux des crises économiques et financières nées dans d’autres parties du Monde ; (iv) créer un cadre règlementaire ainsi que des institutions de régulation en matière bancaire et financière.

L’évolution récente montre que le mouvement est le plus souvent impulsé par la communauté économique privée, et en Afrique peut être encore davantage que partout ailleurs. Tous les acteurs au service du développement sont importants, et fonder des lieux de dialogue et de concertation, mettre en œuvre des processus de consultation, sont autant d’outils de la « démocratie économique » au service du développement socio-économique : (i) l’administration et le pouvoir local ; (ii) le secteur privé ; (iii) la société civile. Il est temps d’entrer de plein pied dans la prochaine étape: faire que la croissance économique nourrisse un réel (et pérenne) développement social.

Article paru dans Banque Stratégie spécial Afrique de mai 2013

Encadré / Divergence d’intérêts entre le Nord et le Sud

« Il existe une division du langage comme il existe une division du travail : les pays du Nord ont des problèmes de croissance, les pays du Sud des problèmes de développement. Les premiers ont presque tout ce qu’il leur faut, même si certains de leurs habitants demeurent fort pauvres : le défi, pour eux, c’est d’innover et d’être compétitifs, ce qui se mesure par la croissance. Les seconds manquent de beaucoup de choses, même si certains de leurs habitants vivent de façon opulente : le défi, pour eux, c’est de parvenir à produire de quoi permettre au moins à la majorité de vivre dignement, ce qui s’apprécie par le niveau de développement. D’un point de vue sémantique, le développement renvoie donc à la pauvreté de masse, la croissance à la production de masse, tout comme, dans le domaine de la protection sociale, on parle de solidarité quand on veut montrer qu’on s’intéresse aux pauvres, et d’assurance quand on veut montrer qu’on s’intéresse aux riches. C’est un classique du langage : quand on met de la langouste ou du foie gras au menu, pas besoin de se creuser la cervelle, les termes utilisés suffisent à faire saliver. Mais quand on veut mettre des pommes de terre, il y a intérêt à leur trouver une dénomination tarabiscotée pour faire croire au chaland qu’il s’agit d’autre chose, de bien plus raffiné. »[10]


[1] Commission de la communauté  économique et monétaire de l’Afrique centrale.

[2] Union Economique et monétaire ouest-africaine.

[3] Selon les World Development Indicators de la Banque Mondiale

[4] World Development Indicators

[5] Sur la base de l’Enterprise Survey de la Banque Mondiale.

[6]Explaining Africa’s (Dis)advantage”, Ann E Harrison, Justin Yifu Lin et L. Colin Xu, Policy Research working paper WPS 6316, Février 2013.

[7] France, Direction générale des douanes et droits indirects – Département des statistiques et des études économiques.

[8] Travail conjoint de la Banque africaine de Développement, du Ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du développement, et de la Banque Mondiale.

[9] IIF Africa Financial Summit

[10] Développement humain, développement durable : quoi de neuf ?, Denis CLERC, Revue Economie & Humanisme Revue n°360 – mars 2002.

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