A quoi sert la Banque africaine de développement?

Participation à l’émission Cultures Monde sur France Culture le 11 février 2020.

Le 33e sommet de l’Union africaine s’est tenu ces deux derniers jours (dimanche 9 et lundi 10) à Addis-Abeba, autour d’un ambitieux programme : « Faire taire les armes en 2020». Pour y parvenir, l’organisme veut travailler sur les causes de la violence, en favorisant le développement.

Du franc CFA (XOF) à l’ECO : du symbole à la réalité?

Derrière l’ECO, un projet de longue date de la CEDEAO

Hautement politique, le sujet a fait l’objet de nombreuses déclarations mi 2019 à l’issue de la réunion des ministres des finances et des gouverneurs des Banques centrales des quinze pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui confirmait l’objectif de 2020 pour la mise en œuvre de la monnaie unique, l’ECO (les déclarations d’Alassane Ouattara, l’analyse d’Aloysius Uche Ordu) entre les pays qui forment la CEDEAO (Bénin, Burkina Faso, Cap-Vert, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Libéria, Mali, Niger, Nigéria, Sénégal, Sierra Leone, Togo) (ici et ).

Le 21 décembre 2019, le Président français et Alassane Ouattara annonçaient la fin du franc CFA en Afrique de l’Ouest, avec des discours qui peuvent amener une certaine confusion : « C’est en entendant votre jeunesse que j’ai voulu engager cette réforme. Le Franc CFA cristallise de nombreuses critiques et de nombreux débats sur la France en Afrique. J’ai entendu les critiques, je vois votre jeunesse qui nous reproche de continuer une relation qu’elle juge postcoloniale. Donc rompons les amarres » a déclaré Emmanuel Macron. A ses côtés, le chef de l’État ivoirien, Alassane Ouattara, a précisé que cette décision « historique » a été « prise en toute souveraineté. Elle prend en compte notre volonté de construire notre futur de manière responsable ».

La réforme concerne l’abandon de l’obligation de déposer la moitié des réserves extérieures auprès du Système européen des banques centrale (SEBC) – la Banque de France – en contrepartie de la garantie de convertibilité du franc CFA avec l’euro. La souveraineté fait référence au projet de la CEDEAO lancé il y a plusieurs décennies et qui devrait connaître en 2020 une étape symbolique importante.

Ainsi, avec les annonces faites fin décembre 2019 de l’abandon du franc CFA acté par Emmanuel Macron et Alassane Ouattara, c’est bien du processus entamé de longue date par la communauté Afrique de l’Ouest CEDEAO qu’il s’agit.

Abdou Souleye Diop a rappelé que la décision d’abandonner le franc CFA en Afrique de l’Ouest (XOF) annoncée par les présidents Ouattara et Macron le 21 décembre 2019 était « une décision historique qui répond à une évolution normale de la géopolitique et va dans le sens des décisions majeures d’intégration prises par les États Africains. »

Mais, comme il le relève justement, comment peut se prendre à Abidjan une décision – avec la France – d’une parité fixe avec l’euro sans que le Nigeria ou le Ghana n’aient a priori pris part à la décision ?

Dans son post du 23 décembre 2019, Kako Nubukpo a rappelé à quel point la question est complexe.

Deux sujets en effet se superposent : l’abandon des liens du franc CFA de la zone UEMOA* avec la France (en fait avec le Système européen des banques centrales – SEBC) et la création d’une monnaie unique dans la zone CEDEAO, c’est-à-dire l’UEMOA* à laquelle s’ajoutent Cap-Vert, Gambie, Ghana, Guinée, Libéria, Nigéria et Sierra Leone.

Le projet de zone monétaire et ses critères de convergence

Dans le communiqué issu de la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement de la CEDEAO du 29 juin 2019 à Abuja, cette dernière a réaffirmé « l’approche graduelle pour la création de la monnaie unique en privilégiant le démarrage avec les États membres qui respectent les critères de convergence ». Elle a également « adopté le régime de change flexible assorti d’un cadre de politique monétaire axé sur le ciblage de l’inflation et le système fédéral pour la Banque Centrale Communautaire. » Et retenu le terme « ECO » pour le nom de ladite monnaie.

En outre, la Conférence a pris note du rapport de convergence macroéconomique 2018, notant la « dégradation de la convergence macroéconomique, en exhortant les Etats membres à redoubler d’efforts pour améliorer leurs performances, compte tenu de la proximité de l’échéance fixée pour la création de l’union monétaire ».

En février 2018, les critères de convergence ont été recentrés et réduits, passant de 11 à 6, dont quatre dits « de premier rang » (déficit budgétaire, taux d’inflation, financement du déficit budgétaire par la Banque centrale par les recettes fiscales et réserves brutes exprimées en mois d’importations) et 2 de « second rang » (stabilité du taux de change nominal et dette publique rapportée au PIB).

Les différentes instances de la CEDEAO n’ont en effet que très peu communiqué sur ce long chemin, et sur la convergence macroéconomique des pays candidats. Parmi les pays alors annoncés dans le peloton pour le démarrage de la monnaie unique en 2020, l’on citait le Ghana, le Niger, la Côte d’Ivoire mi 2019. Le président ivoirien avait même affirmé que, dès 2019, son pays aurait rempli tous les critères de convergence.

Nous avons fait l’exercice nous-même et relevé les chiffres concernant les pays candidats à la zone monétaire auprès des statistiques de la Banque africaine de développement, mesurant l’état de la convergence des pays de la CEDEAO selon les critères de premier et second rang. Notons une très intéressante communication de l’AMOA de juin 2018 qui fait un état de l’absence de convergence à fin 2016 quant aux critères définis.

Nous ne pouvons statuer clairement sur toutes les données à fin 2018 puisqu’il ne nous a pas été possible de relever toutes les informations relatives aux différents critères pour les pays candidats. Si l’on complète les deux critères manquants par les informations de 2016, seul un pays serait prêt.

Ici encore, un défaut de communication empêche de connaître exactement la situation des pays membres en matière de convergence, puisqu’aucune information n’est divulguée par la CEDEAO et que les statistiques disponibles ne permettant pas de mesurer deux des critères. Comment impliquer les populations dans ce projet quand il reste logé à Abuja ?

Un long processus de création de la zone monétaire en CEDEAO

Les autorités de la CEDEAO n’ont que trop peu communiqué sur un processus qui a fait l’objet de nombreux travaux sur plusieurs décennies. La Décision A/DEC.5/6/83 marquait cependant dès juin 1983 la décision de la Conférence des Chefs d’État de « prendre les mesures nécessaires pour la création d’une zone monétaire de la CEDEAO afin de résoudre les difficultés que pose l’existence de onze monnaies au développement du commerce intra-régional et de promouvoir une convertibilité limitée des monnaies de la région ». Pour atteindre cet objectif, la Conférence des Chefs d’État a, lors de son sommet à Abuja en juillet 1987, adopté la Décision A/DEC.2/7/87 établissant le Programme de Coopération Monétaire de la CEDEAO (PCMC) pour :

–      Mettre en œuvre des mesures collectives visant à mettre en place un système monétaire harmonisé et des institutions de gestion commune.

–      Créer une zone monétaire unique avec une Banque centrale unique menant une politique monétaire unique.

Le Protocole A/P.1/7/93 relatif à l’AMAO, adopté par la Conférence des Chefs d’État le 24 juillet 1993, a créé une agence autonome de la CEDEAO en remplacement à la CCAO (la Chambre de Compensation de l’Afrique de l’Ouest), créée en 1975 pour servir de facilité multilatérale de paiements dans le cadre de la promotion des échanges au sein de la sous-région de l’Afrique de l’Ouest).

L’Agence Monétaire de l’Afrique de l’Ouest (AMAO) a été créée comme une agence autonome, qui, outre ses fonctions de canalisation et de compensation des transactions commerciales et de services, a été chargée du suivi, de la coordination et de la mise en œuvre du Programme de Coopération Monétaire de la CEDEAO (PCMC), visant la création de la monnaie unique de la CEDEAO.

Afin de renforcer le cadre juridique et institutionnel de la surveillance, la Conférence des Chefs d’État a adopté, en juin 2012, l’Acte additionnel A/SA.4/06/06/12 établissant un Pacte de convergence et de stabilité macroéconomique. Il s’agit d’un engagement formel des États membres à établir l’union monétaire qui serait mis en œuvre en deux étapes :

–      Phase de convergence dans laquelle les États membres devaient mettre en œuvre des politiques visant à atteindre les critères de convergence (de 1er rang) avant l’échéance du 31 décembre 2016. (Modifié du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2019 par l’Acte additionnel A/SA.01/12/15)

–      Phase de performance, stabilité et consolidation dans laquelle les Etats membres auraient dû atteindre les objectifs de la phase de convergence et devraient ensuite renforcer la mise en œuvre des politiques afin de parvenir à une croissance durable, à compter du 1er janvier 2017. (Modifié au 1er janvier 2020 par l’Acte additionnel A/SA.01/12/15).

Une nouvelle monnaie

L’arbre du sujet teinté de post-colonialisme du lien du franc CFA avec la France cache en fin de compte la forêt de la création de la zone monétaire CEDEAO, avec une monnaie unique.

Sujet passionné si l’en est, le changement de monnaie concerne toute la population, des individus aux entreprises et à l’État. Symbole de souveraineté, la monnaie est dans la vie quotidienne de chacun, et le lien du franc CFA avec l’euro – et en particulier sa convertibilité garantie en contrepartie du dépôt de la moitié des réserves extérieures – a été de plus en plus critiquée ces dernières années. La décision de migrer vers une monnaie commune aux pays de la CEDEAO – l’ECO – appartient aux pays membres, et le rythme effectif de mise en œuvre dépend de la capacité des membres à respecter les critères de convergence. L’on peut regretter que trop peu de communication ait été faite sur l’avancement de ce projet, alors qu’il concerne la monnaie que plus de 400 millions d’individus utiliseront à terme au quotidien. Le logo est encore inconnu, à la veille du lancement de cette zone à partir de 2020. On se souvient des efforts faits par la Banque centrale européenne des années avant le lancement de l’euro. Adopter une nouvelle monnaie demande du temps et de la confiance.

Un ECO dès 2020?

Ce qu’il faut comprendre, c’est que les pays satisfaisant les critères de convergence et autres obligations à partir de janvier 2020 pourront entrer dans la zone monétaire unique ECO.

Mais que signifie entrer dans la zone monétaire ? Parce que l’on ne passe pas du FCFA ou du Naira à l’ECO en un claquement de doigts. C’est sans compter sur les délais nécessaires pour mettre en place, sinon un nouveau système monétaire, du moins une nouvelle dénomination pour la monnaie et une nouvelle monnaie qui doit « ruisseler » dans toute l’économie. Tous les acteurs de la chaîne de valeur sont impliqués (Banques centrales, Banques et autres institutions de monnaie banque centrale et privée, entreprises, individus), de même que tous les secteurs supports (numériques, systèmes d’information, comptabilité), puisqu’il s’agit de modifier tous les systèmes dans lesquels sont mentionnés les devises qui doivent laisser la place à l’ECO, au sein de la Communauté mais aussi ailleurs dans le monde. Il s’agit d’introduire de nouveaux billets, mais aussi de modifier toutes les mentions numériques de la monnaie (monnaie mobile privée y compris) vers l’ECO.

Très concrètement, il s’agit d’échanger les monnaies locales (pièces et billets) qu’utilisent 400 millions de personnes, dans des régions parfois reculées. Cette partie précisément demande la plus importante campagne d’information et de communication pour accompagner au mieux cette transition, qui ne peut se faire en moins de cinq années. Donc d’éducation financière.

Cela signifie définir le logo, les billets, les produire, les distribuer – et retirer de la circulation les anciennes monnaies. L’expérience de la zone euro, dans sa dimension prosaïque, peut être instructive, mais en prenant en considération les spécificités de la Communauté. Par exemple pour ce qui concerne l’organisation de la distribution et de la gestion de la filière espèces, qui s’est portée sur les agents et super-agents des opérateurs de monnaie mobile ces dernières années. Mais il y en a beaucoup d’autres.

Seul ou à plusieurs?

Et, détail qui n’en est pas un, un seul pays ne peut pas entrer dans la zone monétaire : une taille critique est nécessaire pour que les économies d’échelle soient réalisées et les échanges commerciaux promus grâce à cette monnaie plus grande. Pour les pays de la l’UEMOA, migrer vers la nouvelle monnaie – l’ECO – ne se justifie que si tous les pays +1 non UEMOA migrent vers cette nouvelle monnaie.

N’omettons pas le coût financier considérable que représente un tel projet de changement de monnaie à l’échelle d’un pays et d’une région.

Des enjeux économiques importants

Au-delà du symbole, il s’agit bien de favoriser les échanges entre les pays membres de la CEDEAO. « To me what’s more important than a possible single currency is that there is an ability to trade between countries in their native currency » pour Andrew S. Nevin, chef-économiste chez PwC West Africa. Pour l’économiste Ndongo Samba Sylla de la Fondation Rosa Luxemburg à Dakar, « It is difficult to see Nigeria agree to being in a monetary union if it is not the boss ». 

La question se pose davantage en termes de création de monnaie commune – et donc de création d’un espace monétaire commun – avec le projet d’élargissement de l’union monétaire XOF aux pays voisins, qui nécessite de prendre en considération les éléments économiques dans la détermination de la définition de la nouvelle devise. Le Nigeria ayant une part économique non négligeable dans l’ensemble. La CEDEAO regroupe en effet quinze pays totalisant 400 millions d’habitants en 2020, dont 200 pour le seul Nigeria. Le fait de lier l’ECO à l’euro est similaire à l’existant en zone FCFA XOF, mais très différent de celui des autres pays de la CEDEAO. La devise du Nigeria est quant à elle davantage liée au dollar qu’à l’euro.

Plus globalement, le lien de l’ECO avec les autres devises internationales doit refléter également la position externe des économies, c’est-à-dire les partenaires des exportations et importations de la sous-région. Selon la CEDEAO, 40% des exportations de la communauté sont adressées au continent américain, dont 34% vers les pays de l’Accord de libre-échange nord-américain (Alena), et 24% pour les États-Unis, le Canada et le Mexique. L’Europe représente environ 28% des exportations de la CEDEAO, dont 23% pour l’Union européenne. Les pays de l’Asie et de l’Océanie représentent 16% des exportations, dont 0,3% pour le Proche et le Moyen-Orient.

Ces exportations sont dominées par le Nigeria (77%) et la Côte d’Ivoire (10%) qui, à eux deux, représentent 87% des transactions, suivis par le Ghana (4%), le Sénégal (2%), le Mali (1,7%).

Le Nigeria et le Ghana représentent ensemble 59% des importations de la Communauté contre 36% pour les huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Les autres cinq pays de la CEDEAO représentent seulement 5% des importations de la Communauté.

Selon la CNUCED, le Nigeria concentre 11,4% des exportations du continent – derrière l’Afrique du Sud avec 21,5% – et 8,4% des importations – derrière l’Afrique du Sud, 18,9%, l’Égypte, 11,6%, l’Algérie, 8,6%.

Ce projet de zone monétaire unique se place dans un contexte de création de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA), qui verra débuter le démantèlement des frais douaniers à partir de mi-2020.

Conclusion

Au-delà des effets de communication symboliques « contre », le projet de monnaie unique de la CEDEAO nécessite une large communication et des efforts communs considérables « pour » que les populations de la Communauté – plus de 400 millions d’individus – s’en saisissent, car ce sont bien elles les premières concernées. Le « top départ » que représente le 1er janvier 2020 est de ce point de vue une occasion à saisir pour largement communiquer sur cette nouvelle monnaie, dépassionner le débat extérieur, le recentrer sur l’Afrique elle-même et préparer ses futurs utilisateurs à bien se l’approprier. Beaucoup donc reste à faire.

La colonisation et son influence sur l’état des économies contemporaines des pays sub-sahariens

La présence étrangère sur le continent africain a indéniablement eu un impact économique important dès lors qu’elle a bouleversé la vie des individus, les sociétés et leur organisation, et ce sur plusieurs siècles : de l’esclavage à la colonisation, soient cinq siècles. Les indépendances ne datent quant à elles que d’une soixantaine d’année, autrement dit rien à l’échelle des périodes précédentes.

L’impact de l’intervention étrangère est bien évidemment difficile à évaluer, du fait notamment de l’absence de possibilité de quantification chiffrée. Nous ne pouvons cependant pas éluder le fait qu’elle a eu une influence sur ce que sont les économies du continent aujourd’hui, et pouvons discuter des facteurs expliquant les difficultés économiques du continent via une analyse des effets visibles encore aujourd’hui. Nous faisons ici le choix de n’étudier que les effets de distorsion. Comme le signale justement Cédric Mbeng, « le narratif de l’Afrique est passé du continent sans espoir au continent de toutes les opportunités. On parle d’Africa rising. Mais dans la réalité, les modèles de développement que nous appliquons aujourd’hui ne permettent pas à l’Afrique de réaliser ce bond en avant. Nous devons donc réexaminer ces modèles, regarder ce qui va favoriser concrètement la création d’emplois sur le continent et de faire en sorte que l’innovation et la technologie permettent à l’Afrique de changer le regard qu’elle porte sur elle-même. »

Notre objet est ici de réfléchir aux facteurs négatifs les plus importants ayant impacté le continent sous cet angle historique. En effet, nous partons du principe qu’au-delà des impacts ici décrits, les facteurs expliquant les difficultés actuelles que rencontre le continent sont à considérer comme endogènes, et non plus exogènes. Nous souhaitons ainsi contribuer à une analyse économique réaliste, seule voie possible pour voir émerger et définir les solutions adéquates à mettre en œuvre.

1.    L’impact sur la force de travail

L’ère de l’esclavage (1445-1870) a affecté durablement la force de production du continent, et son PIB

En « exportant » la force de travail vers le continent américain et les Iles de l’Océan indien, la période d’esclavage a épuré le continent d’un nombre important de travailleurs – et donc de leur descendance, impactant considérablement la production locale et sa potentielle modernisation sur des siècles.

 « The relation between the degree of destitution of peoples of Africa and the length and nature of the exploitation they had to endure is evident. Africa remains marked by the crimes of the slave-traders: up to now, her potentialities are restricted by under-population.” Ahmed Sekou Touré, République de Guinée, 1962.

Les régions principalement impactées sont l’Afrique de l’Ouest sur une bande de 200 kilomètres le long de l’Atlantique du Sénégal à l’Angola, et, dans une moindre mesure, l’Afrique de l’Est couvrant aujourd’hui la Tanzanie, le Mozambique, le Malawi, le Nord de la Zambie et l’Est du Congo.

L’impact est considérable, puisque le principe même de la traite d’esclaves était de sélectionner les hommes et femmes de 15 à 35 ans, de préférence autour de 20 ans. Il est difficile d’appréhender exactement combien d’africains ont quitté le continent. Sur la période 1650-1900, les historiens s’entendent cependant à considérer que la population africaine a stagné à 100 millions d’habitants, les naissances compensant le nombre d’africains quittant le continent contre leur gré. Parallèlement, les populations d’Asie et d’Europe auraient respectivement triplé. L’on peut ainsi estimer l’impact sur le continent de la traite des esclaves par un coût d’opportunité, celui de la production non effectuée par cette population absente du continent. L’économie étant principalement de subsistance, ceux qui sont partis n’ont pas produit ce qu’ils n’ont pas consommé.

Avec deux hommes pour une femme esclave, l’on peut considérer que s’est effectué une transition du travail des hommes vers les femmes, comme ce fut le cas dans la plupart des lieux pendant les grandes guerres du vingtième siècle notamment. Les hommes étant par la suite ceux qui se sont chargés de l’exploitation minière pour le compte des colons, le travail des femmes est demeuré important sur le continent, cantonné ensuite dans l’agriculture.

La colonisation – et son modèle sociétal – a bouleversé la place de la femme dans la société

La place culturelle et traditionnelle de la femme dans les sociétés africaines, pour certaines matrilinéaires, renforcée par l’ère de l’esclavage, a été ensuite bouleversée par la colonisation qui importait un modèle social moins favorable aux femmes.

Ndèye Fatou Kane (2018) rappelle que Cheikh Anta Diop, dans L’Unité culturelle de l’Afrique noire, rapportait que « les sociétés africaines étaient essentiellement matriarcales : les femmes avaient le pouvoir politique, économique et aussi religieux. Dans les sociétés Lébous au Sénégal, une des sociétés traditionnelles de pêcheurs, ce sont elles qui prennent les décisions. Lorsque les Français sont arrivés au Sénégal en 1855 pour le coloniser, la première force de résistance qu’ils ont rencontrée est une femme, la reine mère Ndaté Yalla Mboj qui gouvernait le royaume Waalo. En ces temps-là, les femmes étaient formées aux métiers des armes et préparées à prendre la relève pour défendre le pays en l’absence des hommes. Les souverains sénégalais des Royaumes wolofs portaient le titre de « Brack », et leurs mères ou leurs sœurs étaient appelées « Linguères ». Elles pouvaient leur succéder et certaines dirigeaient elles-mêmes leur armée.

Avec l’évolution des sociétés, l’importation des monothéismes, notamment de l’islam, ainsi que la colonisation, le pouvoir a basculé du côté des hommes. Aujourd’hui, ce matriarcat subsiste quelque peu dans certaines sociétés, chez les Touareg ou les Bamilékés de l’ouest du Cameroun. Là, les souverains sont toujours issus de la branche maternelle, par matrilinéarité. »[1]

Le colonialisme a renforcé le patriarcat dans les pays colonisés, dans le monde arabe et en Afrique.  Et les indépendances ont, selon Leila Tauil (2018) et Azadeh Kian (2019), libéré les femmes du monde arabe d’un colon extérieur pour le remplacer par un colon intérieur, avec des régimes autoritaires défavorables aux femmes. Ce fut le cas également en Afrique.

Or, la place des femmes dans l’économie est cruciale sur le continent, et elle doit aujourd’hui passer de l’informel au formel – et aux protections qui vont avec, de même que le financement -, sortir du « micro » (microcrédit, microentreprise). Cette prise de conscience rejoint celle de la diversité, à l’heure de l’intelligence artificielle qui doit absolument se construire sur une diversité des données renseignées pour garantir la représentativité du monde dans ses modèles et donc dans ses projections.

Il en est de même pour les LGBT, qui font les frais aujourd’hui d’une pénalisation de l’homosexualité établie sous la colonisation par les anglais et les français.

Aujourd’hui, le continent compte, par exemple, pour 1,3% des dépenses mondiales en recherche et développement, contre 40% en Asie et 23% en Europe ; 30% des scientifiques du continent sont des femmes, avec des disparités selon les pays (4% au Tchad).

La colonisation a instauré une distinction salariale

Les gouvernements coloniaux ont opéré une distinction dans le recrutement des africains pour les emplois seniors, avec des salaires moindres, et un écart pouvant aller de 1 à 10 en Afrique subsaharienne, contre une décote de (seulement) 16 à 25% en Afrique du Nord (Walter Rodney, 1973).

Cette décote demeure aujourd’hui pratiquée pour les salaires proposés en contrat local aux africains (bien) formés sur le continent face à des européens, alors qu’un certain nombre d’africains formés sur le continent se tournent vers l’Europe en mal de développeurs par exemple.

En outre, un middle management a été mis en place (opéré par les Libanais, les Indiens etc.) pour effectuer des tâches intermédiaires que les Européens ne souhaitaient pas prendre en charge ; ce middle management se rendait dans les villages, se chargeant du commerce, quand les Européens restaient dans les villes. La configuration du continent aujourd’hui laisse une place belle aux commerçants et hommes d’affaires Libanais et issus du continent indien pour les activités de gros, suivis plus récemment par les chinois.

Dès l’introduction de Peau noire, masques blancs, Frantz Fanon (1952) cite le Discours sur le colonialisme de Césaire : « Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme. » Pour Frantz Fanon, la colonisation a entrainé une dépersonnalisation, qui fait de l’homme colonisé un être « infantilisé, opprimé, rejeté, déshumanisé, acculturé, aliéné », propre à être pris en charge par l’autorité colonisatrice.

2.    Développement économique et organisation institutionnelle

On peut remarquer que la professionnalisation et la modernisation de l’agriculture qu’a connu l’Europe n’a pas eu lieu en Afrique. Plusieurs explications ont été mises en avant sans que nous puissions les départager : le manque de ressources humaines déjà cité, la structure communautaire et collective suffisante à l’échelle locale pour satisfaire les besoins de la population, l’absence de société féodale (un modèle que l’on pourrait juger de pré-capitaliste) et, enfin, un environnement naturellement plus généreux dans la région sous-sahélienne (eau, chaleur, etc.) qu’en Europe ne nécessitant pas de recherche et développement dans la même mesure pour améliorer le rendement agricole. Aujourd’hui, le continent continue à faire la part belle aux petits paysans ou éleveurs, et les initiatives pour organiser une filière comme le lait au Sénégal (l’exemple de la Laiterie du Berger) fait encore figure d’exception. Le rejet de l’extérieur (y compris les compatriotes venus de la ville) a été exacerbé par les importations en masse de produits de moindre qualité mais moins chers concurrençant la production locale sur les étals du marché. 

Un modèle économique construit autour de l’exploitation des ressources primaires    

Pour Walter Rodney (1973), le colonialisme est allé de pair avec une intensification importante de l’exploitation en Afrique, à un degré bien supérieur à celui en vigueur dans les sociétés africaines communautaires ou féodales d’Europe ou d’Asie. La transformation du mode de vie pour devenir laboureurs ou producteurs locaux s’est accompagnée de l’exportation du surplus dans des proportions massives. A l’aube de la colonisation, les pays africains exportaient déjà des matières premières telles que le coton et importaient des vêtements, sans transformation locale. La période de colonisation a intensifié considérablement ce flux Sud-Nord de matières premières, avec une accélération notable après la seconde guerre mondiale.

Le continent n’a pas vu se développer une industrie de transformation des matières premières (secteur secondaire industriel), alors que les pays colonisateurs avaient déjà expérimenté l’industrialisation de leur économie : la Grande-Bretagne à la fin du 18è siècle, puis la Belgique et la France au début du 19è siècle.

Le continent a aujourd’hui un déficit considérable en infrastructures, le consensus porte sur un investissement à réaliser de 1000 milliards de dollars US.

Les infrastructures développées par les colons sont essentiellement celles permettant d’accéder aux ressources, à les extraire et les acheminer vers les ports (ponts, routes) ainsi qu’aux constructions pour héberger l’administration coloniale (bureaux et logements). C’est cet héritage qui confère aux anciennes colonies d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique du Sud, ce sentiment d’uniformité qui interpelle le voyageur attentif. Aucun autre vestige de construction coloniale ne demeure aujourd’hui que celles au service des colons.  

Ce modèle va perdurer après les indépendances. Très critique sur les dirigeants africains ralliés à la Communauté française (association entre la France et ses colonies), Frantz Fanon (1961) s’interroge sur les causes de l’attitude des bourgeoisies nationales devant le système colonial. Selon lui, le colonialisme a façonné au sein de la société indigène une classe de nature bourgeoise en raison de ses privilèges matériels mais qui n’aurait aucun rôle économique – à la différence des entrepreneurs européens – et serait confinée à des activités de types intermédiaires. Elle se trouve dès lors uniquement dédiée à la défense des intérêts du colonialisme. Ainsi, au moment de concéder l’indépendance, les puissances coloniales ont-elles selon lui transmis le pouvoir à des bourgeoisies asservies qui ont laissé perdurer le système économique colonial contre perception d’une rente.

Le continent dépense chaque année plus de 400 milliards de dollars dans l’importation de biens et de services dont la production ne demande aucune technologie avancée, tels que des œufs, des tomates, des chaussures… et détruit des forêts entières pour produire des cultures dont la demande dépend essentiellement de l’extérieur, sans réelle valeur ajoutée dont la population africaine pourrait s’enrichir.

Pour Françoise Vergès, la colonisation a également eu un impact négatif dans les pays Européens, « la destruction des écosystèmes et des paysages, induite par l’économie de plantation. Celle-ci ne transforme pas seulement la production, elle produit du genre, de la norme, du conformisme. Elle transforme les goûts des Européens, qui se mettent à aimer le sucre, le café, le cacao, le tabac. Avec l’assignation de chaque colonie à une monoculture bien définie (l’arachide au Sénégal, le riz en Indochine), une nouvelle organisation du monde prend forme. » [2]

La superposition des organisations

Le système social en vigueur sur le continent avant le 15è siècle reposait sur la famille et la communauté. Chacun avait une position définie en fonction de la lignée de sa mère et celle de son père. Certaines sociétés ont mis plus d’emphase sur les liens matrilinéaires[1], d’autres patrilinéaires. Ceci avait une importance cruciale puisque la terre, le principal moyen de production, appartenait au groupe, familial ou clanique, qui portait la responsabilité de la terre (et de sa transmission aux générations futures). Le féodalisme tel qu’alors en vigueur en Europe ou en Asie n’était pas présent en Afrique ; il a émergé de la constitution des États africains et de la collecte de taxes, et a co-existé avec l’organisation communautaire.

La question du foncier

Chauveau et Lavigne Delville[4]rappellent qu’à l’époque précoloniale, il existait des systèmes complexes de prérogatives, de privilèges et de prééminences foncières ou, dans les sociétés soumises à des organisations étatiques et impériales, des règles qui organisaient le partage des prérogatives foncières entre ces organisations politiques, les chefferies locales et les groupes d’usagers. Et dans le cas où la terre était considérée comme un bien communautaire, sa gestion commune était – et demeure – en réalité le résultat de rapports de force entre divers groupes d’acteurs et de compromis entre des règles de niveaux différents (au sein et entre des groupes domestiques, lignagers, villageois et communautaires).

La colonisation a ajouté à cet édifice institutionnel un étage nouveau, avec l’article 544 du code civil français, stipulant le titre de propriété privée « absolu, exclusif, perpétuel ». En Afrique francophone, les conceptions traditionnelles de la propriété se sont ainsi conjuguées aux logiques du centralisme administratif, de la lutte contre les particularismes et de la mise en valeur des territoires coloniaux, inspirées du système d’immatriculation Torrens – créé en Australie en 1858 – de « fabrication de la propriété par le haut », dans laquelle revient à l’État le devoir et le privilège d’organiser l’attribution de la propriété foncière dans le sens d’une mise en valeur rationnelle du patrimoine foncier colonial.

Un modèle bureaucratique de gouvernement des hommes et des territoires s’est ainsi superposé aux systèmes fonciers ou les a relégués dans des zones sans intérêt économique. L’intervention coloniale a introduit des politiques, plus ou moins vigoureuses, d’aménagement de l’espace, en particulier dans les villes et dans certaines zones rurales (aménagements hydro-agricoles, classement de forêts, création de réserves naturelles). En milieu rural, ces aménagements ont été faits le plus souvent sans tenir compte des droits existants. Un clivage entre les « espaces utiles » (plaines irriguées, réserves forestières) et le reste du pays en est résulté. En milieu urbain, la ville moderne, faisant l’objet d’un plan d’urbanisme, bénéficiant de services et d’espaces verts, se démarque de la ville indigène, objet de peu d’interventions. La dualité s’inscrit ainsi dans l’organisation de l’espace.

Pour gérer les espaces qu’elle ne maîtrisait pas directement, l’administration coloniale s’est souvent appuyée sur les pouvoirs locaux qui ont ainsi été renforcés, en particulier en milieu rural. Elle a, par ailleurs, tenté de contrôler les populations soit pour les fixer (regroupements de villages, restrictions aux déplacements), soit, au contraire, pour organiser leur migration vers les zones de mise en valeur ou les terres neuves.

Lors des indépendances, les nouveaux pouvoirs nationaux ont conservé l’essentiel du cadre institutionnel colonial, en le mobilisant à leur service. Les nombreuses réformes ou adaptations des textes qui se sont succédé jusqu’aux années 1980 n’ont pas remis en cause ces logiques. Les aménagements de la législation foncière de nature domaniale par les États indépendants ont en fin de compte contribué à rendre permanent le flou juridique du domaine coutumier que les colonisateurs considéraient comme provisoire, et à rendre le droit positif encore plus obscur du point de vue des utilisateurs et des populations. En outre, les interventions étatiques postcoloniales ont ajouté à ce dispositif dénué de normes claires tout un secteur foncier purgé de droits coutumiers au profit de l’État pour mettre en œuvre des projets de développement aux fortunes diverses (Offices en régie, sociétés d’État, blocs de culture villageois…). Enfin, les interventions gouvernementales formelles ou informelles pour susciter l’établissement de colons agricoles ont donné la touche finale à cet édifice hétéroclite de normes d‘occupation et de droits fonciers.

Or, le foncier constitue un enjeu économique et politique majeur. Il est au cœur des politiques agricoles, de développement rural, de développement et d’aménagement urbain. Les choix de politiques foncières ont un impact déterminant sur le développement des territoires[5].

Le foncier est à la base du développement économique. Agriculteurs et éleveurs ont besoin de surfaces à exploiter, de même que les agro-industries ou l’industrie du bois. Les entreprises ont besoin de terrains pour leurs ateliers, bureaux, usines. La sécurité de la tenure conditionne la capacité des ménages à produire, donc à vivre décemment. Elle est aussi nécessaire au développement d’un système de financement du logement : l’absence de droits durables reconnus sur le sol (titres de propriété ou baux emphytéotiques), interdit l’accès au crédit hypothécaire. Le foncier est également une composante importante de l’actif des entreprises. Il joue un rôle, parfois central, dans leur stratégie d’investissement. Il impacte également la capacité des acteurs à se financer auprès du secteur bancaire en fournissant un titre foncier comme garantie. Et celle des banques à recouvrer leurs créances dans le cas où leur client n’a pas remboursé tout ou partie du prêt octroyé.

La sécurisation des droits et des transactions a donc un fort impact sur le développement économique.

3.    Décolonisation

Après plusieurs siècles de ces liens décrits précédemment, on comprend aisément comment le principe de la migration hors du pays comme seule issue a imprégné le continent africain – mais aussi asiatique ou sud-américain. Il convient cependant de rappeler ici que la plus importante des migrations africaines se tient sur le continent lui-même aujourd’hui, avant celle vers l’Europe ou les États-Unis. Et qu’elle peut aussi changer de direction, puisque de plus en plus de jeunes issus de la diaspora et formés dans les pays occidentaux (ou au Maghreb) alimentent aujourd’hui la dynamisation du marché du travail africain, et cet avènement souvent décrit de la « classe moyenne africaine ».

Si le continent perçoit par ailleurs des fonds issus de sa diaspora installée hors du continent – pour des montants supérieurs aux investissements directs étrangers, à vocation économique – ils sont quasi-systématiquement utilisés pour des besoins très court-termistes de consommation.

Pour Françoise Vergès (2019), « La France n’a jamais véritablement procédé à une décolonisation de ses institutions. De même que des fonctionnaires vichystes sont restés dans les rouages de l’État, des colonialistes responsables de massacres à Madagascar, au Cameroun, en Algérie y sont demeurés. Il s’agissait pour l’État de recourir au savoir-faire des colonialistes dans la gestion des groupes et des communautés qu’il racialisait. Cela ne tient pas seulement à des individus. La structure même, l’organisation de l’État en France, est empreinte d’héritages coloniaux. Toutes les institutions de l’État – police, armée, justice, école, université – reproduisent des structures hiérarchiques « blanches » au sens idéologique du terme et non au sens de la couleur de la peau. »[6]

Il est difficile de considérer que la période depuis les indépendances – quelques dizaines d’années – suffise à sortir les économies et les sociétés africaines qui l’ont subi d’une intervention extérieure, instaurée par la force, sur une période de cinq siècles, qui a nécessairement apporté des bouleversements sociaux et économiques. Distinctement de ces facteurs décrits ci-dessus, qui sont clairement de nature exogène, un certain nombre de facteurs endogènes au continent sont à prendre en considération pour établir un diagnostic juste et réaliste, au-delà de visions idéologiques ou d’un prêt-à-penser non constructifs.

La prise de conscience sur le continent – pensée par ses acteurs – des richesses et opportunités qu’il recèle, – en particulier ses ressources humaines – associée à la capacité de poser les problèmes à résoudre de façon réaliste et posée, est de nature à avoir un impact significatif et durable sur le continent.


Cet article a été initialement publié dans la Revue L’Idée Libre n° 326 de septembre 2019


Références

Jean-Pierre Chauveau et Philippe Lavigne Delville, Quelles politiques foncières intermédiaires en Afrique rurale francophone ? in Comment réduire pauvreté et inégalité : Pour une méthodologie des politiques publiques, sous la direction de de Marc Lévy, novembre 2003.

Collectif, Gouvernance foncière et sécurisation des droits dans les pays du Sud, Livre blanc des acteurs français de la Coopération, juin 2009. http://www.agter.asso.fr/IMG/pdf/gouvernance-fonciere-et-securisation-des-droits-dans-les-pays-du-sud.pdf

Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs, 1952.

Frantz Fanon, Les Damnés de la Terre, 1961.

Ndèye Fatou Kane, L’Afrique a compté des féministes avant l’heure, propos recueillis par Viviane Forson, Le Point.fr, le 10/09/2018.
https://www.lepoint.fr/afrique/societe-ndeye-fatou-kane-l-afrique-a-compte-des-feministes-avant-l-heure-10-09-2018-2249988_3826.php

Azadeh Kian, Femmes et pouvoir en Islam, Michalon, 2019.

Walter Rodney, How Europe Underdeveloped Africa, 1973.

Leila Tauil, Féminismes arabes : un siècle de combat. Les cas du Maroc et de la Tunisie, L’Harmattan, 2018.

Françoise Vergès, La nécessité d’un féminisme décolonial, Histoire coloniale et postcoloniale, 8 février 2019. https://histoirecoloniale.net/La-necessite-d-un-feminisme-decolonial-par-Francoise-Verges.html


[1] https://www.lepoint.fr/afrique/societe-ndeye-fatou-kane-l-afrique-a-compte-des-feministes-avant-l-heure-10-09-2018-2249988_3826.php

[2] https://histoirecoloniale.net/La-necessite-d-un-feminisme-decolonial-par-Francoise-Verges.html

[3] Dans une société matrilinéaire, la femme reste avec ses enfants dans sa famille

[4] Quelles politiques foncières intermédiaires en Afrique rurale francophone ? Jean-Pierre CHAUVEAU (IRD*) et Philippe LAVIGNE DELVILLE (GRET**), in Comment réduire pauvreté et inégalité : Pour une méthodologie des politiques publiques, sous la direction de de Marc Lévy, novembre 2003

[5] Gouvernance foncière et sécurisation des droits dans les pays du Sud Livre blanc des acteurs français de la Coopération, juin 2009

http://www.agter.asso.fr/IMG/pdf/gouvernance-fonciere-et-securisation-des-droits-dans-les-pays-du-sud.pdf

[6] https://histoirecoloniale.net/La-necessite-d-un-feminisme-decolonial-par-Francoise-Verges.html

« Du grain à moudre »

Participation à l’émission de France Culture « Du grain à moudre » le 22 juillet Afrique : l’Union fait la force ?

L’information n’a pas fait la une, en France, coincée entre les débats animés autour du CETA et du Mercosur. Pourtant, la création, au début du mois, d’une zone de libre-échange en Afrique a de quoi attirer l’attention.

Et ce d’autant plus que la quasi-totalité des pays du continent vont y participer : 54 sur 55, seule l’Érythrée a refusé de s’engager. L’Afrique du Sud et, in extremis, le Nigéria, les deux principales puissances du continent ont accepté. 54 États – soit près d’1,3 milliard d’habitants, répartis sur tout un continent. Autrement dit, la plus vaste et la plus grande zone de libre-échange au monde.

C’est à Niamey, au Niger, qu’elle est née, il y a 15 jours, le 7 juillet. La ZLECAF – zone de libre-échange continentale africaine. Un projet à la fois économique et politique, porté par la volonté de quelques présidents : le Nigérien Issoufou et le Rwandais Kagamé, essentiellement. Un projet déjà très critiqué : vite fait, mal fait, disent de nombreux observateurs. Il risque aussi d’accentuer les inégalités entre certains pays…

D’où cette question : en Afrique, l’union économique fait-elle la force ?

L’accord pose des conditions pour renforcer le commerce intracontinental, en éliminant les droits de douane par exemple. Son objectif est d’harmoniser le commerce à l’échelle continentale en surpassant les problématiques des zones commerciales régionales. Amzat Boukari Yabara

Pour qu’une zone de libre-échange soit viable, il faut qu’il y ait une production locale. Il est aujourd’hui nécessaire d’industrialiser les pays et de produire localement, non pas seulement de faire du commerce. Estelle Brack

Il y a également un débat sur l’avenir de la zone franc. Avant, elle était considérée comme un obstacle à la mise en place d’une monnaie ouest-africaine et d’une zone d’union monétaire. Mais une monnaie commune ne pourra pas être instaurée tant que les États ne seront pas capables de respecter des règles précises et de s’y tenir. C’est souvent compliqué dû aux comportements de certains ÉtatsDaniel Bach