Paiements au Brésil : Pix en tête, les cartes en mouvement, les espèces toujours présentes

À l’occasion de mon nouveau séjour au Brésil, retour sur un marché des paiements que je suis depuis 2013 et dont la transformation offre de nombreux enseignements pour les banques, les commerçants et les autorités publiques.

Depuis 2013, je suis avec intérêt l’évolution des paiements au Brésil. Mes séjours dans le pays sont autant d’occasions de rapprocher les transformations du secteur des pratiques quotidiennes : comment paie-t-on, quels instruments les commerçants acceptent-ils, quelle place chacun trouve-t-il dans les usages et, surtout dans le contexte de mes activités : quels sont les facteurs guidant l’adoption des (nouveaux) moyens de paiement ?

Ce nouveau voyage intervient à un moment particulièrement intéressant. La Banco Central do Brasil vient de publier, le 27 octobre 2026, ses statistiques pour le premier semestre. Elles permettent de prendre la mesure du chemin parcouru, mais aussi de dépasser une lecture centrée sur la seule réussite de Pix.

Pix, premier instrument en nombre d’opérations

Au premier semestre 2026, le périmètre recensé par o Banco Central représente 79,7 milliards d’opérations, pour 71 900 milliards de reais. Pix concentre 55,2 % du nombre de transactions, soit près de 44 milliards d’opérations, en hausse de 19,4 % sur un an. Les cartes réunies en représentent 30,8 %.

Une précision est essentielle : ces statistiques comprennent aussi les transferts entre personnes et entreprises. Dire que Pix représente plus de la moitié des opérations recensées ne signifie donc pas qu’il règle plus de la moitié des achats en magasin.

Cette distinction permet de mieux comprendre sa portée. Pix s’inscrit dans un espace beaucoup plus large que le paiement marchand : celui de la circulation quotidienne de l’argent. Pour l’observatrice des systèmes de paiement que je suis, la question devient alors celle de son intégration dans les différents moments de la vie économique.

La carte conserve une dynamique propre

L’essor de Pix coexiste avec un marché des cartes toujours en croissance. Selon l’Abecs, l’association brésilienne du secteur, les paiements par carte ont atteint environ 2 300 milliards de reais au premier semestre 2026, en progression de 8 % sur un an.

La carte de crédit tire cette croissance : environ 1 700 milliards de reais, soit +12,1 %. Le débit recule de 1,8 %, à 481,6 milliards de reais, tandis que le prépayé progresse légèrement, à 191,1 milliards de reais. Ces données proviennent d’une série distincte de celle du Banco Central et doivent être analysées séparément.

Ces trajectoires suggèrent une recomposition des fonctions de chaque instrument. Pour analyser la concurrence entre Pix et les cartes, il faut regarder au-delà du geste de paiement : disponibilité des fonds, financement de l’achat, services associés, habitudes et conditions d’acceptation comptent aussi.

Le recul du débit mérite ainsi une attention particulière. Il invite à examiner, sur le terrain, dans quelles situations les consommateurs arbitrent entre un paiement immédiat par carte et un transfert instantané depuis leur compte.

L’acceptation devient un terrain majeur d’innovation

Le sans contact représente désormais 76,2 % des transactions présentielles par carte, selon l’Abecs. Autre évolution significative : le Tap on Phone, qui permet d’accepter un paiement sans contact directement sur un smartphone compatible, a traité 53,6 milliards de reais au premier semestre 2026, en hausse de 79,2 %.

Ces évolutions conduisent à déplacer le regard vers le commerçant. La transformation des paiements dépend aussi de la facilité à accepter plusieurs instruments, du coût de l’équipement, de la lisibilité des frais et de la gestion des encaissements.

Lors de ce séjour, ce sont précisément ces articulations que je souhaite observer : quels moyens sont proposés, comment le choix est présenté au client et quelles raisons conduisent un professionnel à privilégier l’un d’entre eux.

Pix étend progressivement son champ d’usage

Les données récentes montrent également l’évolution des parcours. Au deuxième trimestre 2026, le QR code dynamique représentait 43,2 % du nombre de transactions Pix. Dans le même temps, Pix Automático, destiné aux paiements récurrents, atteignait 9,5 millions d’opérations, contre 4 millions au trimestre précédent.

L’enjeu est désormais de suivre l’installation de ces nouvelles possibilités dans les pratiques. Une fonctionnalité disponible ne devient un usage régulier que si elle répond aux besoins du payeur et du bénéficiaire, inspire confiance et simplifie effectivement leur quotidien.

Les boletos participent eux aussi à cette évolution : ils peuvent intégrer un QR code permettant leur règlement par Pix. Ce rapprochement illustre la manière dont un support de facturation existant peut s’articuler avec une nouvelle infrastructure de paiement.

Les instruments traditionnels gardent leur place

Les virements TED représentent encore 32,7 % des montants recensés au premier semestre 2026, devant Pix, à 28,1 %. Les prélèvements comptent pour 2,1 %, et les chèques pour 0,4 %. Les retraits traditionnels diminuent de 10,3 % en nombre.

Les espèces restent toutefois présentes. Dans l’enquête Banco Central portant sur 2024, 68,9 % de la population déclarait les utiliser et 22 % en faisait son moyen de paiement le plus fréquent. Ces proportions mesurent des usages déclarés, et non des parts de marché en nombre ou en valeur.

Cette coexistence rappelle l’importance de regarder les différences entre territoires, niveaux de revenus, générations et activités économiques. Une moyenne nationale donne une direction ; l’observation locale aide à comprendre les conditions concrètes du changement.

Un terrain d’observation pour les transformations financières

Suivre le Brésil depuis 2013 me permet de replacer les chiffres actuels dans une trajectoire longue. Ce séjour est l’occasion d’examiner comment ces instruments s’articulent dans les pratiques et comment les acteurs s’approprient les possibilités nouvelles, à la fois dans les grandes villes où je transite (São Paulo, Rio de Janeiro, Recife, Natal) mais aussi dans les petits villages du Nordeste dans lesquels il est devenu normal de payer son poisson au marché de rue du lundi matin via Pix ou carte.

Pour mes travaux sur les paiements et l’inclusion financière, notamment en Europe et en Afrique, le Brésil constitue un terrain de réflexion précieux. Il invite à étudier ensemble l’infrastructure, les modèles économiques, la confiance et l’acceptation.

C’est avec cette grille de lecture que je poursuis mon observation : comprendre comment une transformation des systèmes de paiement devient une transformation des usages.

Estelle Brack — Économiste, fondatrice de KiraliT, experte des systèmes financiers et des paiements.

Données : Banco Central do Brasil, statistiques du premier semestre 2026 publiées le 27 octobre 2026 ; Abecs, bilan du premier semestre 2026 publié le 19 août 2026 ; enquête du Banco Central sur les usages, édition 2024.

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