Dakar, février 2018

La participations aux rencontres du Club des dirigeants des banques et établissements de crédit d’Afrique a permis de prendre le pouls d’une communauté bancaire en pleine maturation.
Avec un dynamisme exacerbé par la baisse constante de la moyenne d’âge des membres du Club, les participants commencent à prendre la mesure de leur nécessaire réaction à l’incursion des opérateurs de téléphonie mobile dans les services financiers.
Dans un premier temps, les banques ont répondu en mettant en place des solutions de wallet bancaires et autres solutions de banque « light » (Ecobank, Société générale) – avec plus ou moins de succès – elles souhaitent maintenant aller plus loin dans des solutions plus structurées et plus diversifiées.
En effet, les Orange Money, Wari et autres consoeurs sont confrontées aujourd’hui à la limite de leur modèle issu de l’airtime : l’inclusion financière ne se limite pas à la seule digitalisation de la monnaie en P2P ou P2B si elle aboutit inévitablement par du cash out, d’une part, et si elle ne s’accompagne pas des services financiers dont a besoin la population pour se projeter dans le temps : crédit et assurance, en particulier. On se rend compte que les wallets servent principalement à l’envoi de fonds à distance, que ce soit pour payer des factures sans se déplacer ou envoyer des fonds depuis la ville vers les campagnes. Mais beaucoup moins au point de vente. La carte bancaire dans la ville est ainsi le moyen de paiement en monnaie électronique privilégié dans les lieux qui l’acceptent. Avec une interbancarité limitée souvent en intra-banque (acquéreur/émetteur), puisque le TPE SG n’accepte pas les cartes d’autres banques locales, par exemple. Par contre les cartes Visa ou MC étrangères fonctionnent plutôt bien.
On peut constater de ce point de vue un moindre antagonisme entre les différents acteurs de la sphère financière, même si certains EME issus de la téléphonie comme Orange n’ont pas encore appréhendé la mesure de la complexité de la régulation bancaire et financière qui s’applique aux banques par rapport à celle des EME. En étant EME, Orange se considère régulé comme les banques.
Plus que de la technologie, le besoin encore aujourd’hui est d’innover dans le type de produit et service à développer pour répondre aux préoccupations des acteurs (particuliers, entreprises), la dimension technologique étant en soutien.
Sur le financement et les paiements internationaux B2B, à notre la tendance de passer par les banques marocaines comme correspondent bank des banques africaines, particulièrement impactées par le de-risking. Le sujet reste prégnant.
La mise en œuvre de Bâle 2, rendue obligatoire en zone UEMOA depuis le 1er janvier, préoccupe également les banques dans son impact potentiel sur le financement de l’économie, et le chef du patronat a même évoqué devant le Premier ministre – dans le cadre d’un événement regroupant tout le patronat de la région auquel j’ai eu le loisir d’assister – le risque sur le financement du Plan Sénégal émergent. Aucune étude d’impact n’ayant été réalisée par la communauté bancaire, le point est difficile à appréhender.
Cependant, il est clair que la communauté bancaire se porte plutôt bien, à la fois pour les banques panafricaines « subsahariennes », celles dont le siège se trouve au Maroc et en Europe.
En matière de technologie, le SIPEN a fait salle comble avec de nombreux représentants de start up sénégalaises, de financiers en capital (Partech, fonds UK, UE, etc), d’espaces de co-working (Jokkolabs), d’incubateurs (CTIC, Gaïnde 2000) ou d’expériences d’intrapreneuriat (Sonatel/Orange), qui ont mis en exergue les besoins de formation, de concrétisation des idées et de faire se rencontrer les idée et le financement. CTIC, l’incubateur présent depuis 8 ans, incube sur 3 ans maximum et pérennise 80% des start up qu’il incube. Certaines start up incubées chez Sonatel sont aujourd’hui incubée chez Orange Global dans la Silicon Valley.
Il est à noter l’importance pour une startup de sortir du pays pour devenir bankable, comme le signale d’Adie, dont le concours starup est récompensé par un voyage dans la Silicon Valley, passage obligé pour ce faire.
Côté paiements, au-delà des solutions sur mobile qui, au final, sont assez limitées dans leurs fonctionnalités, des opérateurs privés bâtissent l’interopérabilité from scratch, en connectant à la fois les wallets mobile mais aussi ceux des banques ainsi que la monétique en proposant aux commerçants des solutions d’acquisition globales (Intouch, Paydunya, etc). A noter une polémique sur WeCashUp dont on parle beaucoup en Europe (la société a été récompensée par des prix d’innovation) mais dont l’activité patinerait dans la région et en Afrique centrale, avec des difficultés techniques – et donc un succès sur le terrain tout à fait relatif.
Néanmoins, cette interopérabilité entre wallets différents et entre pays différents, née en Afrique de l’Est (cf MFS Africa), est l’un des enjeux majeurs de maturation du secteur actuellement.
A noter également la relocalisation à Dakar depuis le Kenya de la fondatrice de BitPesa, société intéressante de FX et paiements B2B. Cette société de paiements internationaux basée sur la blockchain (fondée au Kenya et présente au UK et Luxembourg) vient d’acquérir l’européenne TransferZero (agréée en Espagne), lui permettant de développer son activité au départ de l’Europe (vers 200 pays, 50 devises).
Par ailleurs, des banques en lignes européennes s’intéressent de près au marché de la région, en particulier Sénégal avec des solutions en marque blanche. C’est pile le type de solution dont le marché local a besoin, avec davantage de valeur ajoutée et de dimension « bancaire » que ce que peuvent proposer les EME issus des telcos. Il y a des concurrents (cf Yup  de la SG) mais très peu compte tenu de la taille du marché et de la présence marquée des éditeurs classiques de core banking; la difficile et coûteuse intégration de ces solutions parfois surdimensionnées à l’échelle des besoins des banques locales a d’ailleurs fait grincer pas mal de dents.
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