Sixième session de l’Africa Banking Forum les 22 et 23 mai à Abidjan

Les banques africaines sont aujourd’hui entrées clairement dans une phase de maturation de leur modèle après plusieurs décennies de bouleversements et de (re)structuration. Elles montrent leur capacité à appréhender les grands enjeux de la pérennité de leurs modèles au travers de la prise en compte des contraintes de la règlementation, des bonnes pratiques de gouvernance, et de gestion des risques, tout en développant une offre de produits et services plus qualitatifs et orientés vers une clientèle retail.

En déployant un « embedded banking model« , elles élaborent et déploient des solutions définitivement adaptées aux contraintes et configurations locales. La formation et l’éducation financière émergent aujourd’hui comme des sujets d’importance aux côtés des efforts d’innovation et de rationalisation des choix technologiques. Le tryptique coût/confiance/proximité constitue également un élément structurant du modèle bancaire africain, basé sur un usage extensif des NTIC (mobile banking, mobile money, agences itinérantes, monétique…) et sur des partenariats win-win entre, d’un côté, les Banques et les institutions de micro-finance et, de l’autre, entre les banques et les pouvoirs publics pour le financement des stratégies sectorielles (habitat, agriculture, infrastructure…).

Le financement de la PME/PMI, moteur de la croissance économique future en Afrique, devrait être soutenu par des réformes structurelles à mener, permettant de mieux apprécier le risque en amont, et de faciliter le recouvrement en aval (mise en place de centrales des risques, révision des pratiques cadastrales, réalisation extra-judiciaire des sûretés…). Les nouveaux métiers de l’éco-système bancaire (affacturage, leasing, capital risque…) sont également à développer pour tenir compte des besoins grandissantes des entreprises en Afrique. La réflexion autour d’un contrat-programme, véritable pacte scellant les engagements des banques à financer les besoins de l’économie africaine et les mesures incitatives à initier par les pouvoirs publics, est à approfondir.

La sixième session de l’Africa Banking Forum, et la richesse des thèmes qui y ont été abordés, reflète la maturité du secteur bancaire africain et sa montée en puissance et en qualité, présageant un riche avenir et des échanges toujours plus fructueux Sud-Sud et Sud-Nord.

Estelle Brack & Kamal Mokdad | Executive Partner, Mazars Audit et Conseil

AfriqueS, terre inspirée, terre d’inspiration

Avec une croissance annuelle de 5,9% sur la dernière décennie, l’Afrique suscite l’intérêt. Mais les chiffres ne doivent pas faire oublier la réalité du terrain, celle d’un continent hétérogène, insuffisamment doté en infrastructures et en formation, où il est difficile de trouver des financements et où l’Etat de droit est parfois difficile à garantir. Mais sur l’ensemble de ces points, les progrès sont à portée de main. Il est temps d’entrer de plein pied dans la prochaine étape : celle d’une croissance économique au service d’un réel développement social.

Il n’y a pas une Afrique mais plusieurs Afriques

L’Afrique du Nord n’est pas l’Afrique de l’Est, ni celle de l’Ouest, l’Afrique centrale ou l’Afrique australe. En 2010, le PIB a ainsi crû de façon différentiée sur le continent : de 7,1% en Afrique de l’Est, 6,9% en Afrique de l’Ouest, 5,7% en Afrique centrale, 4,1% en Afrique du Nord et 3,5% en Afrique australe (selon la Banque africaine de Développement). Et même à l’intérieur de ces régions, il existe une diversité culturelle, sociale, d’ouverture au monde, linguistique, des systèmes juridiques différents (même si l’OHADA fête ses vingt ans), des niveaux de croissance économique et de développement du système bancaire et financier différents. Si les pays de la CEMAC[1], par exemple, se considèrent comme relevant d’une « sous-région » – celle de l’Afrique sub-saharienne –, il n’y a pas d’unicité. Enfin, les réalités politiques ne sont pas les mêmes d’un pays à l’autre. Pas d’Afrique, mais des Afriques donc.

C’est d’ailleurs cette multiplicité, que ce soit au sein des deux zones du Franc CFA (CEMAC et UEMOA[2]) ou dans les autres régions du continent (et jusqu’à l’intérieur des pays eux-mêmes) qui donne tout son sens à une approche locale et microéconomique du développement social et économique. Là où les autorités publiques nationales peuvent justement avoir du mal à adopter une approche cohérente pour tout le territoire, une approche régionale (au sens « local ») permet de rééquilibrer le niveau de développement des différentes régions d’un pays entre elles, et la participation de chacune à la vie économique du pays. Ceci afin de servir également et équitablement l’ensemble de la population et non plus seulement les deux ou trois grandes villes du pays. Et non plus uniquement, à l’exemple d’une borne wifi, les seuls acteurs économiques du proche entourage de l’unique centre économique, et/ou de celui qui disposerait du « code d’accès ».

L’appréhension du développement régional au sein d’un pays permettrait aussi de lutter contre l’exode rural, qui alimente les mégalopoles en fort développement. L’Afrique de l’Ouest compte aujourd’hui vingt-trois villes de plus d’un million d’habitants et la population africaine est pour un tiers urbaine, avec toutes les difficultés que cette situation peut engendrer : déstructuration familiale et sociétale, chômage, insalubrité de l’habitat, accès limité aux installations sanitaires (42% des urbains seulement), désœuvrement, etc. L’accès à l’eau potable et aux installations sanitaires, à l’instruction, aux moyens de production (agriculture, industrie, services), à une infrastructure de transport efficace doit être mieux réparti sur tout le territoire, en tenant compte des spécificités locales.

A l’image de ces migrations locales, le continent voit aussi se développer en son sein un processus migratoire important : la moitié des migrants africains demeurent en Afrique, et l’Afrique de l’Ouest serait la première région d’accueil des migrations africaines. Cette tendance n’est pas nouvelle : en 1990, le réseau d’enquêtes sur les migrations et l’urbanisation en Afrique de l’Ouest (REMUAO) a enregistré 22 000 migrations de l’Afrique de l’Ouest vers l’Union Européenne contre 258 000 migrations entre pays ouest-africains.

Afrique, le nouveau relais de croissance ?

Dans les années 1960, la croissance économique de l’Afrique était similaire à celle des pays d’Asie du Sud. Entre 1970 et 2000 cependant, le taux de croissance du PIB par habitant n’a crû que de 0,5% par an en moyenne, et l’Afrique sub-saharienne est aujourd’hui le continent le plus pauvre[3]. Mais durant les dix années qui ont précédé la récente crise financière, le continent a connu une croissance du PIB de 5,9% par an en moyenne. Le niveau de vie en Afrique, mesuré par le revenu par habitant, progresse aujourd’hui plus rapidement que dans les autres régions du monde, même si le rattrapage est loin d’être achevé et les divergences entre zones encore importantes. Ici comme dans le reste du monde, l’écart s’accroît entre les plus riches et les plus pauvres.

La mesure par le biais de la valeur ajoutée n’est certainement pas l’indicateur le plus pertinent de l’évolution socio-économique d’un continent qui a recours, par exemple, à la copropriété de l’outil de production. Le mode de répartition de la richesse a sa raison que notre vision  d’occidental peut ne pas appréhender correctement s’il considère l’Afrique avec ses yeux de « riche », tenté de raisonner sur la base de ce qu’il connaît d’un pays où il y a le choix, luxe auquel beaucoup d’Africains n’ont, à ce jour, pas accès (lire encadré 2).

Au-delà du seul PIB donc, il est prégnant ici d’étudier les données sociales relatives aux conditions de vie de la population. Et elles montrent une amélioration, en particulier sur la dernière décennie. Le continent a ainsi réduit la mortalité infantile – partant de 11,64% en 1980 – de 9,3% à 7,1% entre 2000 et 2010. Alors que, dans les années 1980, seule la moitié des enfants étaient scolarisés à l’école primaire, près des trois quarts le sont en 2010 selon la Banque Mondiale[4] (76,2% en moyenne, 74,5% pour les filles). L’espérance de vie est passée de 46,5 ans en 1980 à 48,6 ans en 2000 et 54 ans en 2010, mais elle demeure la région du monde à la plus courte espérance de vie (70 ans en moyenne dans le monde).

Même avec l’impact de la crise récente sur les économies africaines en 2009, les taux de croissance élevés et l’augmentation de l’investissement étranger laissent penser que le continent serait en passe de devenir le prochain moteur économique mondial, et le relais de croissance d’économies en mal de débouchés et de matières premières. Mais des risques demeurent en Afrique. Les entreprises qui y interviennent l’intègrent dans leur évaluation ex ante et les pèsent au regard des bénéfices attendus. Ici le cadre légal de l’environnement des investissements et de l’activité économique revêt une importance cruciale, de même que le respect même de ces règles de Droit et leur continuité dans le temps. Or ceci n’est pas assuré dans bon nombre de pays du continent, ce qui en fait un monde avec lequel les entreprises ne sont pas toujours familières.

Une étude réalisée par les experts de la Banque Mondiale sur 80 entreprises du continent[5] et parue en février 2013[6], tend à montrer que les entreprises de biens manufacturés en Afrique ont globalement des performances inférieures à celles de leurs concurrentes d’autres régions du monde. Elles ont des niveaux de productivité et de croissance moins élevés, exportent comparativement moins, avec des taux d’investissement plus faibles. Les entreprises du panel sont d’ailleurs meilleures dans les produits à faible technologie plutôt qu’intensives en haute technologie, distinction qui existe pour le secteur manufacturier mais pas dans les services. Les raisons à ce constat : le manque d’infrastructures, l’accès au financement (accès au crédit, y compris pour le financement des échanges commerciaux), des droits de douanes comparativement plus élevés, et un monopole politique plus fréquent.

Les entreprises africaines présentent par contre deux caractéristiques notables : elles sont en général plus jeunes que celles des autres régions du monde, et souvent plus ouvertes aux capitaux étrangers.

Vers des politiques industrielles, innovantes et « vertes » ?

La CNUCED indique dans son rapport de 2011 sur le développement économique en Afrique que, malgré certaines améliorations localisées, la majorité des pays africains stagnent ou régressent en termes d’industrialisation. La part de la valeur ajoutée marchande dans le PIB africain est tombée de 12,8%, en 2000, à 10,5% en 2008, tandis que dans l’Asie en plein développement, elle est passée de 22% à 35% sur la même période. On a également assisté au déclin de l’importance des biens manufacturés dans les exportations africaines, dont la part est tombée de 43% en 2000 à 39% en 2008. L’insertion de l’Afrique dans l’économie mondiale s’est néanmoins améliorée, et en particulier au cours des années 2000 : ses importations ont affiché une croissance de 14,3 % par an, alors que les importations mondiales ont crû de 8,8% sur cette même période[7]. Sa part dans la demande mondiale s’est accrue d’un point, pour atteindre 2,6 % en 2010. En dix ans, la part de marché des fournisseurs traditionnels de l’Afrique s’est tassée : la France est revenue à 8,9 % après 16,2 % en 2000, suivie des Etats-Unis (6,3 %), de l’Italie (6,0 %) et de l’Allemagne (5,9 %). La Chine est le grand gagnant, au détriment de la France principalement, et a vu sa part de marché en Afrique passer de 3,4 % en 2000, à 12,5 % en 2010, tandis que les autres BRIC (Inde, Russie, Brésil) ont conforté, à un degré moindre, leurs positions. Le constat n’est pas nouveau, les partenaires traditionnels du Nord se sont tournés davantage vers les pays d’Europe de l’Est au cours des années 1990, au détriment du continent. La Chine a pris le relais, avec d’autres pays d’Orient (Inde, pays du Golfe), avec des stratégies plus ou moins offensives. Au-delà de l’énergie, le dynamisme des achats de l’Afrique touche à peu près toutes les filières, avec des croissances à deux chiffres. Ses importations relèvent à 69 % des produits de moyenne technologie (véhicules, machines, fournitures électriques, métaux), qui correspondent précisément au positionnement de la Chine (plus de 60 % de ses exportations vers l’Afrique). La part des produits à faible technologie (20 %), comme celle des produits à haute technologie (11 %) pèse de moins en moins et a reculé de 4 points par rapport à 2000.

On peut néanmoins considérer que l’arrivée des pays émergents (Chine, Inde mais aussi Turquie) en Afrique a rendu le continent plus attractif aux yeux des investisseurs en général, et par conséquent donnent à ceux qui sont présents de plus longue date (en particulier les français) un profil a priori comparativement moins risqué.

Aujourd’hui, les pays africains ont besoin de politiques industrielles, politiques qui doivent avoir le plus faible impact environnemental possible. En effet, le continent est celui qui paiera le plus lourd tribut au changement climatique, et étant très agricole, il est extrêmement dépendant des ressources en eau et des évènements naturels. Il a aussi besoin de mesures orientées vers une participation active et gagnante du tissu économique local à l’insertion dans l’économie régionale et mondiale, des incitations dans les domaines technologique et de l’innovation. Le Gabon ou le Cameroun par exemple imposent depuis peu que les grumes ne puissent être exportées en l’état, elles doivent être transformées sur place avant exportation ; pour ce bois, il faut donc créer des usines de transformation, à même de produire des produits intermédiaires aux normes internationales.

Pour un véritable transfert de compétences

Comme elle n’existe le plus souvent pas ex nihilo, l’expertise doit être importée ; elle créera des emplois sur place, et permettra un transfert de savoir-faire à moyen terme. Les communautés d’affaires africaines sont plutôt ouvertes aux expériences et s’inspirent de ce que font les autres communautés économiques, en Asie (en Corée du Sud par exemple), en Europe de l’Est ou en Amérique du Sud. Mais à quand un réel transfert d’expertise, de compétence et de technologie? L’absence d’entretien des infrastructures (routes, chemin de fer, bâtiments) une fois bâties réduit sensiblement leur durée de vie et est la face la plus visible du coût considérable de ce non-transfert. Des voix s’élèvent sur le continent pour réclamer des relations économiques avec la Chine (et les autres acteurs) au bénéfice des deux contractants, « gagnant-gagnant » et non plus sous une forme asymétrique où « la Chine prend nos ressources naturelles et nous vend des biens manufacturés » comme le souligne le gouverneur de la Banque centrale du Nigeria, Lamido Samusi, dans une tribune du Financial Times le 11 mars 2013. Il dénonce le fait que « l’Afrique s’ouvre maintenant de son plein gré à une nouvelle forme d’impérialisme ». Ceci rejoint le problème de l’offre insuffisante de formation, en particulier dans le primaire et le secondaire; un nombre croissant d’africains qui ont fait leurs études á l’étranger reviennent travailler sur le continent, et participent ainsi activement à son évolution (et aux gaps technologiques en particulier). Mais quid des génerations futures? Quelques initiatives privées mettent efficacement en adéquation la qualification des étudiants et les besoins des entreprises, mais le système scolaire et de formation demeure globalement un problème prégnant.

Quelle place pour les femmes

L’OCDE souligne que l’analphabétisme des femmes reste extrêmement problématique: dans le groupe d’âge des plus de 15 ans, 51% seulement des femmes savent lire et écrire contre 67,1% des hommes. Le taux de mortalité maternelle enregistré en Afrique, de 866 décès pour 100 000 grossesses, est dû en partie à l’état lamentable des services médicaux qui fait que seuls 50,9% des accouchements bénéficient de l’assistance de personnel qualifié. Ce chiffre alarmant est le pire au monde.

Les femmes africaines constitueraient près de 70% de la force agricole du continent et produiraient environ 90% de toutes les denrées alimentaires. Le taux d’activité économique – le pourcentage de gens dont la force de travail assure la production de biens économiques – est supérieur concernant les femmes d’Afrique (61,9%) à celui d’autres régions (pays de l’OCDE compris). Cela étant, l’immense majorité des femmes africaines sont employées dans le secteur informel et/ou à des postes peu qualifiés. Le pourcentage de femmes salariées dans le secteur non agricole est à cet égard éloquent : il est de 8,5%, l’un des plus faibles du monde.

Un secteur bancaire et financier en mutation

De longue date, on a pu constater que les entreprises et ménages d’Afrique rencontrent des difficultés pour accéder à un financement externe – niveaux importants des intérêts et commissions, infrastructures financières insuffisantes et inefficaces, manque de profondeur des marchés et de financements longs. Mais les choses sont en train de changer, comme le souligne l’excellent ouvrage collectif « Financing Africa. Through the Crisis and Beyond » de 2011[8]. L’Afrique semble faire des progrès et réduire ces contraintes. Les nouvelles technologies et de nouveaux modèles d’entreprises ont autorisé l’arrivée de nouveaux acteurs et de nouveaux produits, et conduit à un développement régional très dynamique. On cite souvent en exemple le déploiement réussi du paiement sur mobile au Kenya, mais aussi la croissance externe importante ces dernières années, créant de grands établissements bancaires panafricains (Nigerians, marocains, groupes d’Afrique centrale ou d’Afrique du Sud…). Cette évolution a pu se faire au détriment des banques françaises : leur part de marché dans les crédits octroyés en Afrique de l’Ouest est passée en quinze ans de 35 à 16% selon la BCEAO. Le développement des établissements africains a globalement permis d’améliorer l’accès aux services financiers, en particulier l’épargne et les moyens de paiement. En outre, après plusieurs crises financières importantes dans les années 1980, le secteur est relativement protégé des crises systémiques depuis et n’a été que peu, à ce jour, impacté par la crise financière globale : les banques sont, en moyenne, bien capitalisées et liquides.

Les systèmes bancaires africains sont entrés dans la crise avec un faible levier, des niveaux de capitalisation importants et une liquidité suffisante. Mais le temps de l’argent bon marché et facile est révolu. Ceci est vrai des fonds privés, mais aussi des bailleurs de fonds officiels. À la suite des compressions budgétaires importantes dans la plupart des pays industrialisés, il est probable que les budgets d’aide étrangers soient amputés. Ceci va donner une place plus importante au financement privé, et aura des conséquences sur l’intermédiation financière domestique et l’intégration régionale. Il manque aujourd’hui des financements de trésorerie accessibles aux PME, mais aussi de long terme pour lesquels il conviendrait de développer les ressources de long terme tels que les fonds de pension ou d’assurance-vie ; le private equity et le venture capital font aussi cruellement défaut.

La dernière décennie a vu se développer l’ambition suprarégionale de grands groupes bancaires, qui entament aujourd’hui une période de consolidation. Ce développement sur le continent pose la question du risque systémique et de l’articulation de la supervision à l’échelle « home » et « host », et de la capacité des superviseurs à y faire face.

La place de l’Afrique bancaire et financière sur la scène internationale

L’internationalisation des règles et des lois pose aujourd’hui la nécessaire question de la pleine et entière intégration économique, bancaire et financière des acteurs africains sur la scène internationale. L’Afrique a besoin de monter en puissance et de faire entendre sa voix (et ses spécificités) dans la représentation internationale pour prendre sa place en tant qu’acteur « qui compte » et ne plus subir les décisions prises par d’autres mais y participer ou mieux anticiper (FATCA, normes comptables IFRS, Accords de Bâle, G20) et aller au-delà du seul domaine concurrentiel. Il faut développer l’affectio societatis de la communauté bancaire africaine, avec ses divergences mais aussi ses points de convergence. Les fédérations régionales bancaires et financières existent, que ce soit à l’initiative du secteur privé (citons les deux fédérations des associations bancaires de l’UEMOA et de la CEMAC, ou le Club des dirigeants africains) ou des superviseurs (dans le cadre de l’espace francophone), porteurs d’échanges au sein du continent mais également avec l’Europe, les Etats-Unis ou l’Asie. Ces initiatives montrent que les banques savent gérer un affectio societatis au service de la communauté et la dimension concurrentielle ; mais pourquoi pas plus d’ambition et s’inscrire davantage dans les débats internationaux ? La création en 2012 de l’Union bancaire francophone (UBF) participe de cet intérêt et permet aux communautés bancaires du Nord et du Sud d’échanger sur des sujets qui sont souvent d’intérêt commun. L’UBF réunit les associations bancaires des pays francophones d’Afrique, des pays arabes, d’Europe, ainsi que le Canada. La première conférence a permis d’échanger sur le thème de l’environnement des PME.

Comme l’a indiqué le Ministre des Finances d’Afrique du Sud, Pravin Jamnadas Gordhan, en novembre 2012 à Cape Town[9], le développement financier en Afrique subsaharienne doit être orienté autour des objectifs suivants : (i) faciliter l’investissement et la croissance plutôt que d’encourager le consumérisme alimenté par le crédit et les activités spéculatives ; (ii) distribuer les profits sur une base juste et équitable ; (iii) limiter les effets négatifs et les dommages collatéraux des crises économiques et financières nées dans d’autres parties du Monde ; (iv) créer un cadre règlementaire ainsi que des institutions de régulation en matière bancaire et financière.

L’évolution récente montre que le mouvement est le plus souvent impulsé par la communauté économique privée, et en Afrique peut être encore davantage que partout ailleurs. Tous les acteurs au service du développement sont importants, et fonder des lieux de dialogue et de concertation, mettre en œuvre des processus de consultation, sont autant d’outils de la « démocratie économique » au service du développement socio-économique : (i) l’administration et le pouvoir local ; (ii) le secteur privé ; (iii) la société civile. Il est temps d’entrer de plein pied dans la prochaine étape: faire que la croissance économique nourrisse un réel (et pérenne) développement social.

Article paru dans Banque Stratégie spécial Afrique de mai 2013

Déplacement à Bagdad (Irak), 11-13 janvier 2013

Ce forum économique et bancaire était le premier rassemblement économique et bancaire de cette ampleur depuis 10 ans, et il a réuni environ 400 participants sur les deux journées qu’a duré l’évènement, avec une proportion importante de femmes. Le gouverneur de la banque centrale, Dr Abdel Basit Turki Saeed, a assisté à l’intégralité des débats sur les deux journées et est intervenu au fil de l’eau de façon assez interactive, prônant par exemple la création d’une association bancaire englobant tout le secteur, insistant sur la volonté des autorités de réformer la loi bancaire de 2004 (tout en semblant ne pas savoir par quel aspect appréhender le problème) ainsi que sur les questions de conformité.

Nous avons perçu qu’un évènement de ce type était très attendu par les irakiens. Le pays dispose d’une manne financière importante grâce à l’exploitation de ses réserves importantes d’hydrocarbures (dans le trio de tête au niveau mondial avec l’Iran et l’Arabie Saoudite), mais semble désemparé quant aux moyens de développer et diversifier l’économie du pays, et au rôle à jouer pour le secteur bancaire et financier dans ce cadre.

La communauté française avait été, à plusieurs reprises ces dernières années, sollicitée par les banquiers privés, les grandes banques publiques (Rafidain), ou le service économique de l’Ambassade à Paris pour apporter une aide concrète au développement et à la réforme du secteur bancaire irakien.

La demande est en fait double :
– une demande d’expertise pour aider à la réforme du secteur (régulé par la loi de 2004 qui faisait suite immédiatement à la fin du conflit armé en 2003, jugée aujourd’hui inappropriée au développement du secteur) ;
– une demande des banques elles-mêmes afin de nouer des relations de correspondant banking avec les banques françaises et européennes, et ce pour des questions commerciales voire « d’image » avant tout.

La perception de l’Europe, et de la France en particulier, par la communauté bancaire et financière irakienne est plutôt bonne, et l’on peut ressentir une volonté de se détourner des Etats-Unis qui sont extrêmement présents jusqu’ici.

Sur le premier point, les différents acteurs du secteur se renvoient la balle, entre les banques privées, les banques publiques et la banque centrale / le gouvernement, sur la question des responsabilités dans la situation actuelle.

Ici encore, la problématique est double :
– mettre en œuvre les normes internationales (exigences en fonds propres, gestion du risque, AML et lutte contre le financement du terrorisme, etc). A ce sujet, l’experte du Crédit libanais qui a fait une présentation sur la conformité a été très bien accueillie et a suscité de très nombreuses réactions ;
– faire en sorte que le secteur bancaire joue (à plein) son rôle dans le financement de l’économie. On est ici très loin du compte, où les banques, qu’elles soient publiques ou privées, sont sur-liquides, se focalisant sur le trade finance essentiellement, et une banque de détail très peu développée avec quasiment aucune activité de crédit (hormis les obligations d’Etat). Le pays compte un très grand nombre de banques, y compris étrangères (dont la plupart sont libanaises), mais ne dispose que d’une agence pour 40 000 habitants.

Dans le cadre de mon intervention lors du premier panel, j’ai exposé la bonne santé des banques françaises à l’issue de la crise, en m’appuyant sur les conclusions du FSAP du FMI. J’ai également insisté sur la nécessité, dans le cadre d’une réforme, de s’inspirer des bonnes pratiques issues des systèmes bancaires d’autres pays plutôt qu’une approche « one size fits all »(et de s’inspirer de la France en particulier plutôt que des Etats-Unis), mais que la situation ainsi que la culture étant également importantes : de ce point de vue, les pays arabes de la région devaient être considérés comme des sources d’inspiration privilégiées dans ce processus de réforme.

Au-delà des opportunités d’affaires et financières indéniables que recèle le pays, il ne faut pas omettre l’environnement instable qui demeure, et pose par exemple des difficultés non négligeables sur le développement d’un réseau de banque de détail (transport des espèces notamment), dans un pays où une quantité d’armes importante doit circuler.

J’ai été très bien accueillie, et été touchée par la gentillesse et la courtoisie des personnes que j’ai pu rencontrer. Cette vision n’est bien évidemment que très partielle, étant cantonnée la plupart du temps dans un espace sécurisé (et très privilégié).

La mise en œuvre des consignes de sécurité, notamment dans l’accès à l’aéroport et les fouilles successives aux trois (minimum) checkpoints – qui ont pu comporter un aspect humiliant pour certaines dames libanaises de notre délégation, j’y ai pour ma part échappé bénéficiant d’un traitement de faveur –, ne font pas oublier cependant les difficultés du pays, et l’environnement non stabilisé des affaires en général pour qui voudrait y profiter de la manne financière. Une visite rapide de la ville confirme que c’est bien l’eldorado des sociétés de sécurité, américaines, régionales ou locales.


Le secteur bancaire en Irak

Les banques commerciales sont aujourd’hui dominées par les publiques Rafidain et Rasheed, qui, combinées, contrôlent plus de 90% des actifs bancaires (52% pour Rafidain et 38% pour Rasheed) et plus de 75% du nombre de succursales des banques commerciales. Rafidain a des actifs équivalents à 1,03 milliard de dollars et l’équivalent de 12,7 millions de dollars de fonds propres. La banque détient aussi des quantités relativement importantes de devises étrangères pour le compte de l’État irakien. Elle dispose de deux cent cinquante succursales, dont soixante et onze sont à Bagdad et neuf à l’étranger – à Amman, Bahreïn, Beyrouth, Le Caire, Londres et Sanaá au Yémen, conformément à son objet. Devant la taille importante de son bilan, Rafidain a été fait l’objet d’une scission en deux établissements en 2008.

Rasheed dispose de l’équivalent de 750 millions de dollars d’actifs, et l’équivalent 8,4 millions de dollars de fonds propres. Elle a cent quarante succursales dont cinquante-deux à Bagdad, et aucune hors du pays. Les banques privées sont plutôt de petite taille, avec des actifs moyens de 11 millions de dollars et des fonds propres moyens de l’ordre de 800 000 dollars.

Les trois premières à s’établir en 1993 furent la Bagdad Bank, Islamic Iraki Bank for Investment and Development et Commercial Bank of Irak. Les actifs des banques privées varient entre 2,7 millions de dollars pour la plus petite – Warka Bank – et 35 millions de dollars pour la plus importante – Business Bank of Middle East.

Les banques privées ont un réseau de plus de cent succursales au total.

Le secteur compte :
7 banques publiques
18 banques privées domestiques
52 banques étrangères
11 banques islamiques


Le séjour en images

Séminaire de doctorat à la Sorbonne

École doctorale Économie – Panthéon – Sorbonne
Avec le soutien de la Chaire Éthique et Normes de la Finance et du Collège international des Sciences du Territoire
Séminaire de doctorat « Économies du monde musulman »

Séance 1 : Finance conventionnelle et finance islamique dans le monde arabe
Estelle BRACK
Discutante : Fatiha TALAHITE

Vendredi 30 novembre 2012, 16h30-18h30, salle S/2
Maison des Sciences Économiques, 106 – 112 boulevard de L’Hôpital, 75013, Paris.

Le séminaire est ouvert au public, sans inscription.

La présentation est consultable ici.

Première rencontre des banques francophones dédiée à l’environnement des TPE et PME

Le 20 septembre 2012 s’est tenue la première conférence de l’Union bancaire francophone (UBF) à Marrakech, dédiée à l’environnement des TPE et PME.
Nous assurons depuis un an le secrétariat du projet d’Union bancaire francophone, dont Marrakech a marqué l’acte de création officielle. Cette Union réunit les associations bancaires du Canada, d’Europe, d’Afrique, du monde arabe et de l’Ocean indien.
La conférence, organisée avec la participation de l’Organisation internationale de la Francophonie, a réuni plus de 350 participants.

La séance d’ouverture a réuni :
• Monsieur Nizar Baraka, Ministre de l’Economie et des Finances du Royaume du Maroc
• Monsieur le Président Abdou Diouf, Secrétaire général de la Francophonie
• Monsieur Othman Benjelloun, Président du Groupement Professionnel des Banques du Maroc et Président de BMCE BANK
• Madame Ariane Obolensky, Directrice générale de la Fédération bancaire française
• Monsieur Habib Ben Saad, Président de l’Union des Banques Maghrébines, Président de l’Association Professionnelle Tunisienne des Banques et Etablissements Financiers et Président de la Banque de Tunisie
• Madame Miriem Bensalah Chaqroun, Présidente de la Confédération Générale des Entreprises du Maroc
• Monsieur Christian Khalif, représentant Joseph Torbey, Président du Comité Exécutif de l’Union des Banques Arabes, Président de l’Association Professionnelle des Banques du Liban, Président du Crédit Libanais, Président de l’Union Mondiale des Banquiers Arabes

Elle s’est poursuivie par des tables rondes très vivantes, regroupant banquiers, chefs de PME, représentants des autorités publiques et experts issus de tous les pays francophones représentés, ainsi que des organisations internationales ou régionales (Banque Mondiale, Banque africaine de Développement…).
Les discussions ont permis d’ouvrir le dialogue entre PME et banquiers, et entre banquiers de pays différents; elles ont montré que des problématiques étaient communes dans la plupart des pays, et qu’il y avait intérêt à échanger expériences et bonnes pratiques. La conférence a permis ainsi de dégager une série d’expériences positives et de bonnes pratiques dans les relations banques-TPE et PME. Elles feront l’objet d’une synthèse qui sera publiée.

La conférence a été bien couverte par les media régionaux.

Systèmes d’information et banque en Afrique

J’ai eu le grand plaisir d’animer deux tables rondes lors de la quatrième édition de l’Africa Banking Forum les 17 et 18 mai derniers à Marrakech. Cette participation pour la troisème année consécutive a permis de prendre la mesure du dynamisme des banques du continent, si besoin en était encore.

Il a été particulièrement question dans ces deux panels d’innovation et de banque de détail, aux côtés d’Alexandre Kateb qui a promu des échanges et débats intéressants sur la situation actuelle des systèmes d’informations dans le domaine bancaire, les enjeux importants qu’ils représentent, mais aussi pour ce qui concerne le paiement sur mobile, sujet auquel la conférence a consacré un panel.

Innovation 

Les intervenants, représentant de banque (BMCE), de cabinet d’expertise externe (Oxéa) ou d’éditeur (sab) ont traité de l’innovation sous l’angle de la sophistication et de la modernisation des systèmes bancaires du continent, les pays ou les établissements s’influençant en mettant en œuvre des solutions souvent expérimentées par d’autres. L’exemple du plan de continuité d’activité a montré la complexité des thèmes à traiter.

L’exemple de la BMCE a été l’occasion de souligner à quel point les systèmes d’information sous-tendent aujourd’hui toute l’activité de la banque, et qu’il est nécessaire d’élaborer une stratégie globale, et de composer avec le temps, la flexibilité et la persévérance. Mais les systèmes d’information, au service du banquier, sont pris en étau entre l’objet de leur modernisation et les moyens qui leur sont consacrés. 

L’innovation doit être, comme les systèmes d’information, au service de l’activité du banquier. Elle est présente dans les systèmes d’information pour toutes les activités bancaires, mais également dans la filière espèce. 

Ces applications et bonnes pratiques se répandent à des rythmes différents dans les différents pays de la région, après certains pays précurseurs comme en Asie ou le Kenya pour les paiements sur mobile.

En la matière, les meilleures solutions sont souvent les plus simples : l’exemple de l’Inde a été cité, où a été rendue possible l’utilisation des distributeurs automatiques de billets par une population qui ne sait ni lire ni écrire.

 L’innovation doit répondre à un réel besoin, et non pas être l’effet d’une mode : pour preuve le développement du paiement sur mobile dans les pays à faible taux de bancarisation, plutôt que dans les marchés « matures » ou, autrement dit, « saturés ». 

Pour les banques africaines se pose la question de la concurrence faible entre les banques, où l’innovation, comme le financement des TPE-PME, peut apparaître comme un enjeu mineur pour des banquiers en situation de rente.

Mais le développement des groupes bancaires régionaux – marocains, en Afrique centrale – repositionne le contexte et justement dynamise le secteur et ses acteurs. 

Systèmes d’information et banque de détail 

L’évolution des systèmes d’information démontre que la période 1980-2010, que l’on qualifie de dérégulation, a été en fait celle du renforcement réglementaire, de règles toujours plus nombreuses, impactant fortement les systèmes d’information.

Les représentants d’établissement bancaire (BNP Paribas), de cabinet de conseil (Mazars) et d’éditeur (Sopra) ont mis en exergue le fait que les pays émergents disposent d’un champ des possibles important – une « page blanche » –, et donc d’autant d’opportunités, contrairement aux pays émergents dont les systèmes d’information sont largement déterminés par les développements des décennies passées, et les expériences accumulées, bonnes ou mauvaises d’ailleurs. Ces dernières sont source d’inspiration, y compris donc celles qui n’ont pas fonctionné, et pourquoi, comme le porte-monnaie électronique.

Les acteurs bancaires transnationaux sont facteurs de diffusion de l’innovation et de la modernisation dans les différents pays. Pour ce faire, le représentant de BNP Paribas a exposé l’approche adoptée, à la fois centralisée, dans une optique de mutualisation et d’optimisation des ressources, mais également en diffusant les bonnes pratiques locales dans ses différentes implantations.

Il est important aujourd’hui de chercher les points communs entre les acteurs impliqués – banquiers, prestataires, développeurs – et de déterminer les meilleures voies d’échange et de communication, à la fois entre les acteurs et entre les pays.

Dans la sous-région UEMOA, si le mobile banking a été identifié comme important, les systèmes d’information n’avancent pas à la vitesse souhaitée, par manque d’expertise.


 Le secteur doit aujourd’hui réussir la transformation de l’obligation de collecte et de traitement de l’information, base de l’activité du banquier, en opportunité. L’utilisation des données recueillies dans le cadre de l’obligation de reporting peut ainsi alimenter une meilleure connaissance du client (CRM).

Parution de l’ouvrage « Système bancaires et financiers des pays arabes, Vers un modèle commun? »

Cet ouvrage dresse un état des lieux des systèmes bancaires et financiers des pays arabes : histoire, environnement, structure, règlementation, supervision, grands acteurs. Il en montre le caractère original et régional, l’hétérogénéité, mais aussi l’intégration croissante dans le système financier international et la capacité d’influence. Il n’omet pas d’en poser les limites.

L’auteur propose ensuite un certain nombre de pistes afin de rattraper le retard accumulé par le système financier dans son rôle de soutien au développement économique et social, qui doit profiter à une large part de la population et des acteurs économiques.
Aux étudiants, ce travail fournit un cadre didactique de l’environnement bancaire et financier dans les pays arabes.
Aux banquiers et experts, il apporte des éléments factuels permettant de comparer les différents systèmes et d’en extraire les bonnes pratiques.
En contribuant au diagnostic, il éclaire les politiques économiques à mettre en œuvre.

Au-delà des seuls pays arabes couverts par l’étude, cette approche veut montrer que le système bancaire et financier des pays arabes peut aussi être une source d’inspiration pour les autres pays du continent africain, non pas comme un modèle qui conviendrait à tous, mais comme un ensemble de pratiques, peut-être plus proches des besoins des agents économiques du continent que ne le seraient celles des pays occidentaux.

On pourra y retrouver des éléments de mon enseignement dans le cadre du LLM « Droit des affaires des pays arabes » de l’Université Panthéon-Assas.

L’ouvrage peut être commandé en ligne : http://www.editions-harmattan.fr ou chez votre libraire habituel.

Access to finance in the MENA region – A multi-pronged approach

Access to and use of financial services by both enterprises and households is of increasing concern to policy makers across the developing world. One important dimension in the debate on access to finance, which has been less analyzed so far, is the gender gap. Specifically, it has often been argued that lack of access to finance impedes female entrepreneurship and prevents women from participating in the modern market economy (Honohan and Beck, 2007).

Recent empirical evidence using household data indicates that access to basic financial services such as savings, payments and credit can make a substantial positive difference in improving poor people’s lives (Caskey et al., 2006; Dupas and Robinson 2009). For firms, especially small and medium enterprises (SMEs), the difficult access to finance is often the main obstacle to growth (Schiffer and Weder, 2001; Cressy, 2002; IADB, 2004; and Beck et al., 2005, 2006, and 2008a).
Analysts and policymakers increasingly recognize the importance of SMEs[2] in economic development (Beck, Demirgüç-Kunt, and Peria, 2008a; OECD, 2006). SMEs are critical because they account for large shares of total output and employment and are thus key to the strategic objective of overcoming poverty. Studies indicate that formal SMEs contribute up to 45 percent of employment and up to 33 percent of GDP in developing economies; these numbers are significantly higher when taking into account the estimated contributions of SMEs operating in the informal sector (Stein, Teima and al, 2010).

A 2007 World Bank survey found that for 76 developed and developing countries, SMEs accounted for the largest number of companies and, in most countries, more than half of all non-agricultural employment and close to 60 percent of manufacturing employment (Beck, Demirgüç-Kunt, and Peria, 2008a). 

More precisely, the new database built by the IFC and McKinsey (Stein, Teima and al, 2010) suggests that there are an estimated 420 to 510 million micro, small and medium enterprises (MSMEs) worldwide, of which 9 percent are formal SMEs[3]. 80-95 percent of these MSMEs are in emerging markets, of which 7 percent are formal SMEs , 15 percent are formal micro enterprises, while the rest (78 percent) are informal enterprises and non-employer firms.

Only 12.5 percent of the estimated 420 to 510 million are Middle East and North Africa (MENA) SMEs, of which 68 percent are informal, 22 percent are micro enterprises and 10 percent only are formal SMEs.   

Specificities of MENA countries  

Over the last three decades, MENA countries have moved from a model of state-led growth to one more relying on the private sector. Business environment has been improved in all countries by simplifying business regulations, opening up the financial sector, and reducing restrictions to trade and investment. The private sector has developed and grown thanks to the reforms but the result has been far below what similar reforms have produced in high-growth countries. Private investment rates in MENA have increased by 2 percentage points on average but were less responsive to reforms than elsewhere according to the IBRD (2009). 

A 2007 World Bank survey raised that of 5,169 firms surveyed, a woman is the principal owner of about only 13%, whereas the world average is closer to 30% (Nabli, 2007).

The widely held perception is that the few female entrepreneurs in the MENA region are mainly in the informal or formal micro sector (employing fewer than 10 workers), producing less sophisticated goods and services. This perception is wrong. Of the formal-sector female-owned firms surveyed, only 8% are micro firms. More than 30% are very large firms employing more than 250 workers. Female-owned firms are as well established as male-owned firms. About 40% of female-owned firms are individually owned – an impressive figure, even if less than the 60% of male-owned firms. In Syria and Morocco, the only two countries with relevant data, more than 65% of female-owned firms are managed by the owner, debunking the myth that women are owners in name only. In sectoral distribution female-owned firms are much like male-owned firms, with nearly 85% in manufacturing and 15% in services, compared with 88% of male-owned firms in manufacturing and 10% in services. 

Bank credit remains the most important source of external finance to SMEs

The primary role of banks is financial intermediation, i.e. channeling of resources from lenders to borrowers with the view to putting the existing assets to best economic use. This activity involves two important elements: risk assessment and maturity transformation. To assess the risk that banks take by engaging in each transaction, the bank analyses inter alia the borrower’s ability to pay, the economic environment of the country where the activity is taking place, the probability of the exchange rate fluctuations, and so on. In order to keep daily operations running smoothly, banks have to perform maturity transformation, i.e. to match short-term borrowing with the long-term lending. 

Given the overall lack of financial service provision, with fewer than one in five households having access to formal financial services, this problem is potentially more pressing in MENA countries and Africa than in other developing regions of the world.

Globally, one of SMEs characteristics is that, due to their size, they do not access financial markets. They consequently rely only on debt and equity for external finance. Firms often depend on informal sources of funding in the very early stages of their development.  External sources, however, become more important as firms start expanding, and their availability can determine decisively the growth trajectory of SMEs. Internal financing sources typically include an entrepreneur’s own savings, retained earnings, or funding through the sale of assets. The external sources of finance can be informal (family and friends or supplier finance) and formal (debt or equity). 

According to the IFC and McKinsey study (Stein, Teima and al, 2010), close to 45 to 55 percent of the formal SMEs (11-17 million) in the emerging markets do not have access to formal institutional loans or overdrafts despite a need for one. The finance gap is far bigger when considering the micro and informal enterprises – 65-72 percent of all MSMEs in emerging markets lack access to credit.

According to the World Bank Enterprise Survey Data (2006-09), banks finance a significant proportion of companies’ investment finance needs – between 15 and 25 percent depending on the size of the firm whereas other sources don’t reach 5 percent – and are also the major provider of financing for working capital (Stein and al, 2010 p17). SMEs typically need a variety of additional financial services that only commercial banks are well-positioned to provide. These include cash management, insurance, transfers, and other transactional products. In the past few years, some banks have mainstreamed gender finance under SME banking. For example, banks are designing special financing programs to increase access to business financing by women-owned SMEs. In some cases, such programs are accompanied by support such as training in business development skills (Jeucken, 2005). 

SMEs are riskier to fund

Virtually all governments, international organizations, and donors assign a high priority to the SME sector and to facilitating SME access to finance. Nevertheless, the record of actually expanding access to finance has been mixed in all countries. This is partly because the financing of SMEs presents specific challenges for financiers, who must make special efforts to operate in this market segment (US Aid, 2009). 

First, SMEs have a much higher rate of failure than larger firms (Evans, 1987). Numerous studies show that the variance of profitability and growth decreases with size. Moreover, unlike established public companies, which are expected to observe standards of corporate governance with clearly defined roles for shareholders, managers, and other stakeholders, SMEs tend to reflect the idiosyncrasies of their owners and their informal relationships with stakeholders. Finally, the risk of the principal/agent dilemma, which is inherent in all financing operations, is particularly acute with SMEs (OECD, 2006, p. 19). 

In addition to these risks of SME lending, many financiers consider it to be more costly – and therefore less profitable – to lend to SMEs. Financiers often state that it takes about the same amount of time and resources to source, evaluate, approve, and monitor a loan to an SME as it does to a large company. However, because the loans are smaller, the ratio of costs to the loan amount is proportionately higher (while the revenue generated from the loan in interest and fee income is proportionally lower). Furthermore, in countries, like in the MENA region, where the banking system is particularly not competitive and only serving the richer part of the population, this has a dramatic impact on SMEs. 

What makes the MENA banking sector special?

Organized banking systems are relatively new in the MENA region[4]

 Most of the countries established national currency and central bank in the middle of the twentieth century. The banking structure of MENA countries is often based on a simple supply model with basic products and low leverage. MENA countries share a moderate growth and relative autonomy with respect to international money and credit markets, due mainly to the non-convertibility of domestic currencies. A large part of the banking income is composed of interest and banking commissions.

 Despite of their disparity and their heterogeneity, the MENA countries share many common characteristics today: for most of them, Arabic remains the official language as well as the dominant culture, whereas political, economic and legal domains have been structured while influenced by Western Europe and the United States. Another common characteristic: their banking structures, although profound, are vulnerable and insufficiently finance local economies.

The current political changes could impulse a further in-depth reform. Although the financial systems in the MENA region have developed substantially in the 1990s and 2000s, their financial sectors still need further modernization as well as regional and global integration. MENA countries face a double difficulty: a relative lower level of investment and a relatively less efficient financial sector. 

The banking systems in the region have experienced three eras of modernization: (i) in the 50ies after accessing to independence and the start of industrial oil-bearing resources concern, (ii) in the 80ies by implementing measures of the IMF and World Bank’s structural adjustment plans and (iii) from the 90ies by further modernizing the economy and regionally and globally integrating. To a large extend and at different degrees, legal and regulatory frameworks have been improved, a growing part of public banks have been privatised as well as competition has been stimulated in the financial sector.

Their progressive integration and adhesion to international rules (such as those of the Basel Committee) also contributed to modernization and development in MENA banking environments.

Access to banking services, governance, risk management, development of retail banking and  SMEs funding are the main domains of concern today. Regional and international development of Arab banks covers Maghreb, Europe and Sub-Saharan Africa.

MENA banking systems remain dominated both by banks and by the public sector

 The characteristics of the financial systems in the MENA are globally the following: (i) bank dominance and heavy public sector presence in most countries; (ii) limited financial sector openness in some countries; (iii) bank soundness exhibiting significant cross-country variations; (iv) public banks burdened with inefficiencies and a high level of nonperforming loans (NPLs) in certain countries; (v) still inefficient fixed-income and equity markets; (vi) shortcomings in the legal, regulatory, and supervisory frameworks despite tangible progress; and (vii) a largely cash-based payment systems that is being modernized[5].

 More than half of total financial assets (57%) are banking assets, and credit supplied by banks is about 60% of gross domestic product, and public banks represent from 13% of assets (Kuwait) to 90% (Algeria). Banks are thus the main source of households and corporate’s external financing. The banking sector is conservative in extending loans to private enterprises, especially in countries with state dominated banking sectors. Banks in a substantial part of MENA countries impose high collateral requirements, which raise particular difficulties for enterprises with intangible assets. As a result, there is higher reliance on internal funds – including retained earnings – as well as family and friends, and lower reliance on local commercial banks. There is also underuse of leasing arrangements for new investments and trade credit for working capital loans. 

According to Rocha et al (2011), state banks seem to be taking greater risks than private banks in their SME lending business. They are less selective in their strategies to target SMEs, have a lower ratio of collateralized loans to SMEs, and a higher share of investment lending in total SME lending. At the same time, they also seem to have less developed SME lending technologies and risk management systems. A lower share of state banks has dedicated SME units, makes use of credit scoring, and conducts stress tests.

 And, even in the countries where the majority of banks are private-owned, competition remains weak. The result is that the financial system, even stable, is inefficient with high non-performing loans (between 10 and 30% in Maghreb) compared to the other countries with equivalent incomes, and that an important part of the population has only a limited access to banking services. A fine indicator of the market and in particular the potential access of the population to banking services is given by the number of branches serving every 100 000 people. The ratios vary from 4-5 (Algeria, Egypt, Palestinian Authority) to 21.5 (Lebanon) among Mediterranean countries and are comparatively low. Nonetheless the banking industry is in an emerging process in most of the countries which may go in hand with higher accessibility in the future unless other channels such as online services substitute the need of agencies to a greater extent (Brack, Elsen and Pons, 2009). 

Perspectives: the new private sector and financial markets

 Foreign banks are present in all MENA countries. Even if they have important shares of banks’ capital, they have restricted market shares. But they largely contribute to foster innovation and training. In many countries, the “new” private sector is composed of recent entrants and smaller firms and has yet to advocate for accessing to “unusual” banking finance. And then the banking system has to move from state-guaranteed loans to a private guaranteed activity. New generations of entrepreneurs, ones that are more open to competition, exports, and innovation need to have access to external finance more easily. 

Financial markets in the Middle East have buzzed with activity since the beginning of Western civilization, but yet, the region that gave the world the basis of modern commerce has been relative latecomer to global financial markets. Market finance is under-developed and not sophisticated, even in countries with abundant liquidities. Financial markets have developed slowly in the absence of risk coverage instruments needs because MENA economies have very limited resources and exports diversification and because firms are usually family-own and the public sector dominates.

Private equity emerges in MENA countries, as well as business angels and venture capitalists, targeting the biggest companies.

Despite the interest in the SME sector, lending volumes are still not very impressive.  

There are significant differences between the two main sub-regions and individual countries. The share of SME lending in total lending is only 8 percent, of which 2 percent in the GCC (Gulf Cooperation Council) countries, and 13 percent in the non-GCC countries. The low share of SME lending in the GCC reflects largely the characteristics of concentrated oil economies. The share of SME lending in the non-GCC is higher, but still lower than the shares of SME lending in developing and developed countries (Beck, Demirguc-Kunt, and Peria (2008b)). Most importantly, the shares of SME lending in total lending in both the GCC and non-GCC regions are substantially below the banks own long-run targets, also suggesting substantial room for further lending to SMEs. In the case of non-GCC countries, three sub-groups can be identified: a first group with SME lending below 10% of total lending (Syria, Egypt), an intermediate group with SME lending between 10%-15% of total lending (Palestine, Jordan), and a third group with SME loans between 15%-24% of total loans (Tunisia, Lebanon, Yemen, and Morocco).

 Both GCC and non-GCC countries offer deposits and cash management, loans, overdraft facilities, trade finance, leasing, payments & transfers, insurance and technical assistance. However, technological and innovative investments supported the increase in households deposit collection : ATMs – 92% of GCC banks and 78% of non-GCC banks – point of sale networks – 58% of GCC banks and 28% of non-GCC banks – internet – 88% of GCC banks and 58% of non-GCC banks – or mobile – 75% of GCC banks and 45% of non-GCC banks.

The significant rise of oil prices provided abundant liquidity to be invested in the banking sector, as well as credit growth with positive externalities on equity markets and the real economy. 

In the World Bank’s Enterprise Surveys, the MENA region has the lowest percentage of firms with credit lines or loans from financial institutions, at 25.07%, compared to 56.92% for Eastern Europe and Central Asia, or 45.02% for South Asia (Alvarez de la Campa, 2011)[6]. Based on the same study, 16.4% of firms in MENA using banks to finance investment, the lowest compared to other regions (34.18% in the OECD) and on average “34% of firms identified access to finance as major constraint to economic activities”. The constraint may be higher (Algeria, 50% and Lebanon, 42%) or lower (Oman, 25%). This adds to the inefficiencies of the banking sector in the MENA region and its unsuitability to well finance the economic development. 

Responsibilities shared

Regarding SMEs’ funding, banks can nevertheless intervene only on what is within their domain of duty and responsibility. They can for example neither influence the cost of borrowed funds on interbank markets, nor change the regulatory framework (which imposes the type of collateral the loans are secured with for example), nor influence the quality of the business model of a entrepreneurial project. The banking sector is able to tackle and change some of the problems, but not all.

 Causes and responsibilities are thus shared by several stakeholders: banks, regulators, professional organizations and entrepreneurs themselves. Some problems are specifically found in MENA countries, where flaws and gaps in the legal, institutional, and regulatory environment represent further disincentives to banks and financial institutions to undertake SME lending. 

 First, SMEs in MENA countries as well as in other emerging markets typically lack acceptable forms of collateral to secure bank loans; and banks do ask for collateral more than anywhere else. Second, weak legal systems often prevalent and the corresponding weak enforcement of claims against borrowers inhibit banks from lending. Third, SMEs often shun the formal economic and regulatory framework and operate in the informal economy (ILO, 2007). Fourth, high rates of taxation, complex tax regimes, and regulations that seriously increase the cost of doing business (e.g., complex business registration processes) do not encourage the use of formal financial markets. 

Another impediment is government policy affecting the allocation of financial resources (OECD, 2006). Banks may be under pressure to fund public enterprises and/or to purchase certain assets – such as government or quasi-government bonds. In some economies, private banks operate as part of industrial-financial groups, often controlled by elites with close ties to government, that tend to lend on the basis of personal relationships or special interests.

When entrepreneurs perceive a lack of willingness on the part of financial institutions to deal with SMEs or recognize that the process is not fair and transparent, this removes an incentive for firms to move into the formal economy (i.e., to gain access to formal finance).

 Bank regulators also play a role in enabling or discouraging commercial banks to lend to SMEs. Lack of adequate collateral may be a significant deterrent for banks to lend if the regulator severely penalizes them by requiring additional reserves for loans that are not adequately collateralized – no matter how good the cash flow, management, and other creditworthiness variables of a specific SME borrower may be. Excessive conservatism on the part of regulators may discourage cash-flow or “relationship” lending. Therefore, an SME with limited or no collateral may become ineligible for bank borrowing, even if its business has been successful.

 Finally, well-intentioned policy or lending programs have sometimes actually discouraged banks from developing SME lending. A lack of loanable funds (liquidity) in the banking system and/or the high cost of credit were often perceived as the main obstacle to SME finance. In response, donor-funded programs provided liquidity to commercial or government-development banks through specialized credit lines; the banks could then on-lend these funds to SMEs. In many cases, interest-rate ceilings were imposed that made it difficult to price credit to reflect the risks and costs of lending to SMEs. These programs often distorted the market, and default rates were high.

 How to improve MENA banking systems in order to better fund SMEs?

 Globally, the review of the banking systems in the MENA region leads to the necessity of a new phase of reform and modernization, aiming mainly at:
– solving inefficiencies of the banking systems;
– improving access and develop the range of banking and financial services, including secured transactions;
– reinforcing the regulatory framework, by hard and soft laws within the framework of a dialogue gathering all stakeholders implicated;
– improving liquidity allocation;
– developing competition framework and convergence of the banking systems to a regional model.

In the MENA region, access to finance for small size entrepreneurs seems largely influenced by several typical factors: (i) low level of extension of banking facilities and the high level of unbanked population, (ii) over-liquid of public banks financing mainly big public projects, (iii) high levels of NPLs / philosophy of subsidy instead of commercial approach for banking, (iv) qualification of employees, (v) the banking services are still not seen as a commercial action vis-à-vis the client.

 In order to lend successfully to SMEs, financiers must learn how to reduce risks and share risks with the borrowers, and to reduce the costs relative to the size of the loans.

There are many strategies to reduce risk. One solution is to require borrowers to contribute a significant amount of their own money as equity in the company or into the specific transaction. Other techniques include the use of mortgages and other forms of collateral to secure the loan, or the use of guarantees, insurance, or principal and interest payments tied to the company’s cash flow. In addition to mitigating the financiers’ own losses in case of default, these mechanisms prevent situations in which the borrower can transfer nearly all of the risk of his activity to the lender while maintaining all of the “upside”. A third method is to develop appropriate risk-rating and evaluation systems for SMEs.

 The review has been made: there is a lack of confidence in the relationship between bankers and entrepreneurs, in emerging and in developed countries. Working for a while on trying to overcome these difficulties, the European experience could be inspiring: because bank credit is a substantial part of external finance in Europe (more than two thirds conversely to the United States where financial markets represent 75% of external finance) and because more than 98% of firms are SMEs. Financial literacy, dialogue within stakeholders and authorities, establishment of banks dedicated to SMEs seem to be good examples as they already inspired banking communities in some MENA countries.

 Nevertheless, the differences are huge on some aspects and dedicated and innovative solutions have also to be designed for MENA countries, such as training, financial products but also financial literacy, which have to deal with a very low access to banking services and to compete with a still large informal economy. In that case, many improvements already undergone in the most advanced MENA countries can inspire all the region.

Improve the banking model and the relationship with clients

 From a strict banking perspective, banks have to improve their management of credit risk in many cases, and then move from a subsidized to a more commercial credit approach.

 Globally, recent dialogues between bankers and SMEs have raised some improvements to be carried out. In particular, the delay of response after asking for loan should be shortened; there is a need for higher reciprocity in information transparency as well as to recognize the central role of the account manager within the bank. The context is now uncertain and individual enterprises accounts might have been affected by the consequences of the financial turmoil and the economic recession, the dialogue between firms and their banker has become essential.

 Communication is vital between bankers and clients to build a better understanding of both partners’ needs. Help the bankers to know more about the firm and the firm to have confidence in the banker. Enhance the flow of information about the firm and how information is used by banks (for scoring purpose for example).

Some determining points have emerged recently, to which banks and SMEs already in business together can contribute:
– regular relations,
– mutual and transparent information,
– to explain the economic and financial fluctuations of the firm,
– to anticipate the needs for financing,
– to provide estimated and prospective data.

Reciprocal confidence is crucial.

 Contrary to Europe, where almost all citizens and firms have a bank account or more[7], only a limited part of the MENA population has already a bank account. And as 98% of firms have less then 5 to 10 employees, the vast majority of entrepreneurs and bankers have still to get connected.

This issue has already been identified by the authorities and banking associations in many countries of the MENA region, which implemented programs such as regional meetings gathering SMEs and bankers to meet and learn about existing banking possibilities. This is also an opportunity for bankers to learn about entrepreneur’s activities.

Besides, there are a lot of stories of bankers having helped entrepreneurs to provide compliant accounts to ask for a loan.

 Although Algeria, Mauritania, Morocco, and Tunisia have a public credit registry, there are no private credit bureaus in agencies in the Maghreb countries. However, in Morocco, the central bank has put its new credit risk database under private management. In most countries, the scope, access, and quality of information remain limited.

A revision of the banking law in Tunisia in May 2006 requires banks to establish an executive credit committee reporting to the board of directors, and to emplace a compliance control system also under board supervision.

Countries in the Maghreb should support the development of borrowers’ credit information. Private credit bureaus and public credit registries (the latter, to the extent that the information is not used solely for the purpose of banking supervision) are useful to strengthen banks’ risk management and expand lending to new market segments. Public credit registries should be established where they do not exist (e.g., Libya), and the accessibility and quality of the information should be improved throughout the region, along with appropriate safeguards in terms of consumer and data protection. The development of private credit registries could also be encouraged.

According to the World Bank’s in 2010 5% of individuals and firms (expressed as a percentage of the adult population) are listed in MENA in a public credit registry with current information on repayment history, unpaid debts, or credit outstanding. The proportion of individuals and firms listed in a private credit bureau is 11.7% for the region, and only 2% for the less developed countries in the MENA region.

Globally, the systems operating in the MENA region are either a public credit registry or a private credit bureau, rarely both (except Egypt and the United Arab Emirates):

  • private credit bureau: Algeria (0.2% of adults listed), Israel (88.2%), Kuwait (29.6%), Morocco (9.9%), Saudi Arabia (18%);
  • public credit registry: Bahrain (35.9%), Jordan (1.5%), Lebanon (8.7%), Oman (19.6%), Qatar (0.1%), Syria (2.2%), Tunisia (22.9%), Gaza (5.6%)
  • both: Egypt (10.3% of adults listed by a private system and 2.9% by a public one), United Arab Emirates (17.7% private and 8.4% public).

 Financial literacy

 Programs should also include financial literacy schemes and education for women on the benefits of accessing finance. In the MENA region, in some cases entrepreneurs do not even apply for loans because they were not well aware of the existing of such a possibility of external finance for them, or, if they knew, because they are certain they could not meet the collateral requirements requested by banks. 

As an answer, financial and pragmatic literacy and information are crucial. Many banking associations have implemented tools to further present banking activity to households and entrepreneurs, explaining rights and duties of both bankers and their clients after contracting, as a go-between. The French Banking Federation has created “The Banking Keys” in that purpose and has inspired Morocco, Tunisia, Lebanon for example. The British Bankers Association has very recently created a new website gathering information on all ways of external finance, both debt and equity.

 Possible partners for these types of initiatives include commercial banks, institutions involved in administering the new secured lending regime, institutions familiar with lending to women – even in a different context – such as microfinance institutions, and women’s business associations.

 Training

 Several training institutes dedicated to banking have been created in the MENA region, especially in Mediterranean countries, to enhance the qualification of banking employees.

Banks have also established training academies dedicated to banking activities and implemented training programs to upgrade expertise and commercial capacity of employees to search for new clients.

 Innovation

 Developing new banking and financial products would be relevant too, as innovation is fundamental to reduce the cost of credit for small businesses.

Banks have to further develop new banking and financial products (such as risk coverage…) and their tailoring capacity to enlarge the range of external finance products, at the lowest cost. Innovation is key to reduce the cost of credit for small businesses.

 Development of direct external finance

 After discussing capital markets and traditional banking, the primer demonstrates how innovative financing techniques (e.g., factoring and leasing) can be used to make credit available to companies that have good potential but have difficulties accessing traditional bank financing. A common characteristic of these techniques is that the provider of finance relies less on collateral and historical performance and more on claims against a company’s specific short- and medium-term assets and the future cash flows that these assets will generate from business activities. These techniques can often be used in environments where traditional credit products have inadequate or limited utility for a large number of SMEs.

 In this regards, Europe could be seen as an example: SMEs’ financing highly depends on credit there also, and thus some measures aimed at promoting access to external finance for SMEs should be inspiring (see in annex). The main reasons to list shares on the stock market seem to be linked to enterprise and owners’ strategy. Demarigny (2010) proposes a list for Europe: to make capital composition evolve, to reinforce visibility and credibility of the company towards clients and suppliers, to raise capital to finance new projects and for merger and/or acquisition, to get management compensation system more correlated to results.

Obviously, some of them can apply in MENA countries. Alternative and regional stock markets could also be developed to permit to big SMEs to access market finance. But some difficulties existing in Europe have to be overcome, and especially in the MENA region where they might be more significant. A listed company becomes liable to the market, and then owes transparency and implementation of more structured decision processes as well as promotion of more efficient running of financial and risk management of the firm. This can represent higher constraints than just applying for a loan, particularly in the MENA region for smaller companies.      

But such ways could be explored for medium-sized firms, as well as corporate bond markets also.

Create and promote banks dedicated to SMEs and guarantee schemes

 Besides, it is important to set up or develop government sponsored-banks dedicated to SMEs, like for example Oséo in France. Oséo’s intervention is based on guarantee and different types of funding: short term, launching participating loan, equity & venture capital, with a regional scheme close to entrepreneurs. It also promotes innovation.

Rocha et al. (2011) show that guarantee schemes have contributed both to more SME lending and to a higher share of investment lending. Indeed, the countries which seem to have a larger share of SME lending in MENA – Morocco, Lebanon and Tunisia – also have larger guarantee schemes.

Promote consultation and cooperation between bankers, authorities, entrepreneurs and clients

 It seems important to improve global relationships between banks and other financial stakeholders: authorities, regulators, guarantee (and mutual guarantee) institutions, entrepreneurs’ associations, peripheral professions (such as accountants…) to discuss for example how to enlarge the range of collaterals and guarantees to get a credit.

 Europe and the US have been developing consultation and cooperation between stakeholders, civil society and authorities as well as promotion of codes of conduct by the banking and financial community, supervised by the authorities. Fostering the voice and the involvement of bankers and entrepreneurs in rulemaking process has proven its efficiency, and should be promoted in the MENA region. But this would be possible if the banking (and financial) community could speak with one (unified) voice, within a professional organization. The fastest development of the banking sector seems to occur in countries with a strong banking association, able to challenge the authorities, regulators and the civil society, and to cooperate with the Central Bank and several ministries in charge of banking and financial affairs.

 From the European experience, it seems also important to develop the business environment such as accountants, experts to help SMEs after they have been set up.

 Gender

 The (antique) subsidized way of funding the economy should not been recalled to fund the women entrepreneurs but a competitive financial system, able to provide well-designed financial products. In the MENA region, the most current way of funding the economy is based on public banks and these countries should evolve to a competitive financial system, able to provide well-designed financial products. Trying to solve the difficulties of women entrepreneurs – or more generally small entrepreneurs – should not lead to subsidized banking or positive discrimination, disregarding the quality of the project itself and its capacity (or not) to generate growth and job creation. Women entrepreneurs should be given the same chances than men. That means that women entrepreneurs should not be subsidized but be given the same business environment than men. Microfinance experiment has shown that women are reliable with regard to payment. Would it be a solution to apply “social collateral” of microfinance or traditional “tontine” to more conventional forms of funding? Banks have to be able to be close to clients’ needs.

 Best practices

 A forum of best practices is very important in that matter, as well as the right combination between hard and soft laws, such as code of conducts. Stakeholders have to be involved in the design of solutions whereas the efficiency of the final result might gain from authorities’ formal intervention.

And no “one fits all – approach” should be promoted, as much specificity and particular cases would emerge, both regarding legal, cultural, geographical aspects. Genuine designed solutions have to emerge and to be specific to treat the problem locally.

 Conclusion

 First explanation often given for this situation: restricted access to external finance for entrepreneurs. And first stakeholder to be pointed out for its responsibility into that situation: banks. But the picture is more complex obviously. The legal and business environment, entrepreneurs themselves, cultural aspects share also some responsibility.

Banks should not be considered as solely responsible for the difficulties experimented by entrepreneurs to get external funding. Bankers are often pointed out to be responsible of all difficulties as they are too much or too little risk-averse depending on the case. And bankers themselves are highly depending on their regulatory, legal and competitive environment.

Besides, entrepreneurs with proven quality projects do not seem to experiment difficulties to get external finance, through debt or equity products. Some others have more difficulties to access finance.

 All efforts should converge to establish a competitive solution, including responsible entrepreneurs. The efforts should aim at promoting a more efficient banking sector by enhancing its capacity of competitive allocation of funds and projects. And in that purpose, no pressure on banks based on number of credits granted should be promoted in the MENA countries. It appears important to develop the banking sector’s efficiency first.

 In that purpose, banking associations have a great role to play, as intermediaries with entrepreneurs associations and with authorities.

 The path of reforms should be based on the existing and be adapted to the financial structures.

There are arguments in favor of global convergence of the whole financial systems in the MENA region towards an Arab banking and financial model. The region shares many characteristics in this respect (history, legal framework…) and is evolving to common approaches and trends thanks to opening and migrating to adopting international rules and standards. It makes thus sense to share experience and good practices of the existing, and work together and cooperate to design the best measures to ensure the same chances to all entrepreneurs with creative and rentable projects.  

 Are women disadvantaged in access to financial services? Yes, but the reasons are not only within the financial sector; they lie in other dimensions related to female participation in the modern market economy. Policies to expand access to financial services to women have to address these other dimensions if women are to reap the benefit of financial services as much as men (Aterido et al., 2011).

Enterprises surveys conducted by the World Bank[8] show that SMEs face more severe financing constraints than large firms. SMEs face a host of non financial and financial constraints, especially in low-income countries. Although large firms generally face the same constraints, they seem to be much less constrained by the lack of access to financing, at all income levels.

But, other research on obstacles to business growth also shows that the smallest firms are most adversely affected by financial and non-financial constraints – tax rates, corruption, informal, electricity, transportation, regulation – and that these constraints are particularly severe in developing countries[9], and particularly in the MENA region.

Access to finance in MENA. A multi-pronged approach, meeting of the OECD-MENA Women’s Business Forum (WBF) on ”Policies and services to support women’s entrepreneurship development in the MENA region: Government and private sector responses in times of change”, held on 27-28 September 2011 in Paris.

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Les organisations internationales, de vieilles dames à bout de souffle?

Les organisations internationales : de vieilles dames à bout de souffle?, écrit avec Mariel Gansou, Banque & Stratégie n°295, septembre 2011.

Les organisations internationales ne sont pas qu’une composante essentielle du droit international : depuis leur fondation au sortir de la Seconde Guerre mondiale, elles ont accompagné la mondialisation et ont joué un rôle prépondérant dans la régulation et la structuration des économies contemporaines.

L’expression « organisation internationale » doit désigner, dans un sens strict, des mécanismes interétatiques de droit international public, spécialisés ou non, et encadrant la communauté internationale, globalement ou dans des domaines précis. Il convient donc à ce titre de considérer qu’en raison de leur vocation économique, les Nations unies (et en particulier le Programme des Nations unies pour le développement), les institutions de Bretton Woods ­(le Groupe de la Banque Mondiale et le Fonds monétaire international, FMI), la BRI, l’OCDE et l’OMC [1], ainsi que les organisations régionales (BAfD, BAD, BIAD, BID [2]) en sont les principaux acteurs, en œuvrant en faveur du développement social et économique.

À l’heure où le développement se veut plus durable, il nous paraît intéressant de discuter du bilan des organisations internationales à caractère économique en tenant compte de ce prisme de lecture.

Réformer les institutions financières internationales ?

Les institutions de Bretton Woods en particulier sont sous le feu de critiques venant de divers horizons et qui contestent leurs orientations et leurs méthodes de travail : d’aucuns voudraient une refonte complète des institutions, la réduction de leur rôle et de leur mandat, tandis que d’autres économistes, tels que Joseph Stiglitz [3], contestent moins les attributions des institutions que leurs orientations et leur doctrine.

Cette volonté d’évaluer n’est pourtant pas nouvelle. Sur le plan international, les États-Unis ont exercé jusqu’à récemment une forte influence par défaut sur la définition de la future architecture institutionnelle internationale : les deux propositions qui ont fait débat jusqu’à aujourd’hui sont celle du rapport en 2000 de la Commission Meltzer, commandité par le Congrès, s’opposant à celle du Trésor américain [4].

La Commission Meltzer suggère de recentrer les activités du FMI sur le rôle de prêteur en dernier ressort, sur la base de prêts à court terme et à taux d’intérêt élevé, réservés aux pays qui remplissent quatre conditions :
– une grande présence des banques étrangères, justifiée comme un transfert de technologie financière et une assurance contre les prêts douteux ;
– une information précise des marchés sur l’état de la dette du pays ;
– un niveau de capitalisation adéquat des banques locales ;
– des politiques budgétaires saines qui ne gaspillent pas l’aide internationale.

La Banque Mondiale devrait décentraliser son action au profit des banques régionales de développement, sauf en Afrique où, selon la Commission Meltzer,  le mauvais état de la BAfD nécessiterait de prendre les choses en main. Elle ne devrait y jouer aucun rôle en cas de crise financière.

Le Trésor américain propose, lui, la répartition des tâches : un FMI qui poursuit l’ajustement structurel à court et moyen terme et joue le rôle de coordination des réponses aux crises financières, notamment en négociant l’implication des acteurs privés dans le partage du fardeau financier, et lâche, à terme, les questions de pauvreté à la Banque Mondiale. Toujours selon le Trésor américain, celle-ci doit mettre en œuvre une plus grande sélectivité, ce que l’on peut traduire par le fait qu’elle gère les aspects politiques des réformes ; elle doit aussi bénéficier de plus de ressources concessionnelles [5], promouvoir les infrastructures de base et accroître son rôle dans la fourniture de biens publics mondiaux.

En France, le principe d’un rapport annuel devant le Parlement – estimant être insuffisamment informé – a été mis en place. Le Sénat s’est pourtant saisi de la question sous son aspect budgétaire, et le rapport d’information de mars 2011 [6] estimait à un peu moins d’un milliard d’euros [7] le montant des contributions obligatoires de la France au Programme 105 [8]. Le rapport estime que « s’il est normal que la France paye pour le multilatéralisme, elle ne devrait payer que sa juste part du fardeau commun ».

Une conditionnalité qui évolue

Le débat sur l’efficacité des organisations internationales a souvent porté sur la conditionnalité de l’aide, c’est-à-dire sur le lien entre l’apport financier et la mise en œuvre des politiques d’ajustement structurel, au titre notamment de la Facilité d’ajustement structurel (FAS), de la Facilité d’ajustement structurel renforcé (FASR) et des Crédits d’ajustement structurel (CAS). On peut en être surpris aujourd’hui, tant elle paraît intimement liée aux interventions du FMI et de la Banque Mondiale, mais la conditionnalité n’est pas inscrite dans leurs statuts fondateurs. Depuis la crise de l’endettement des pays en développement, au début des années 1980, le FMI et la Banque Mondiale ont développé et renforcé progressivement les conditionnalités liées à l’octroi de leurs crédits. C’est précisément leur pertinence et leur efficacité qui sont, avec le mode gestion des organisations, l’objet du débat actuel sur la réforme des institutions de Bretton Woods [9].

Avec la crise de l’endettement des pays en développement au début des années 1980, le rôle dévolu aux institutions internationales a évolué, amenant le FMI et la Banque Mondiale à formaliser progressivement les réformes structurelles sous le « consensus de Washington », à développer et à renforcer la conditionnalité liée à l’octroi de leurs crédits. À partir de 1969, l’objet de la conditionnalité est transformé : d’un moyen d’assurer le remboursement des tirages, elle devient un outil permettant de mettre en place des règles de bonne conduite économique.

Des débats étroitement liées à l’efficacité de l’aide

Quoi qu’on en dise, les institutions financières internationales, et celles de Bretton Woods en tête, ont permis depuis la sortie de la Seconde Guerre mondiale d’instaurer globalement une stabilité politique et économique propice au développement. Elles sont nées d’une double préoccupation : ne pas voir se répéter les crises monétaires des années trente et la chute des échanges mondiaux qui en a découlé – rôle dévolu au FMI – et reconstruire l’Europe – pour la Banque Mondiale. Le FMI, lors de sa création, a été conçu comme un pool centralisé de liquidités destinées à aider les pays victimes de problèmes temporaires de balance des paiements. Ces organisations ont connu des succès et ne devraient pas avoir à rougir de leurs résultats. Tandis que la Banque Mondiale prenait principalement part à l’aide à la reconstruction, le FMI a pour sa part contribué à assurer la stabilité des changes.

Certaines expériences furent positives [10], beaucoup demeurent largement insuffisantes, voire des échecs. Les responsabilités sont partagées. La notion de conditionnalité a vu son champ d’action passer du purement économique à des domaines de plus en plus nombreux et de plus en plus généraux (environnement, questions sociales, corruption…). Des études (Dollar et Burnside, 1997 [11] et Collier et Dollar, 1999 [12]) tendent à montrer qu’une allocation de l’aide vers les pays qui sont le plus disposés à conduire des réformes et à mettre en œuvre de « bonnes politiques » est beaucoup plus efficace pour lutter contre la pauvreté.

Le débat reprend tout son sens aujourd’hui, eu égard à la crise de la dette souveraine que nombre d’États affrontent aujourd’hui. La donne a changé et les États-Unis ont perdu leur AAA. Si les controverses sont nombreuses sur le sérieux des agences de notation et leur méthodologie d’évaluation – avec en point de mire leur rôle procyclique –, il faut reconnaître qu’elles ont mis – enfin ? – le doigt là où cela fait mal et introduit la menace de sanction aux pays endettés comme les États-Unis. On peut légitiment s’interroger sur le rôle des institutions qui consacrent, bon an mal an, des centaines d’études aux pays membres, avec l’ambition de maîtriser les risques systémiques. On voudrait aujourd’hui créer une agence de notation internationale à vocation souveraine : les organisations internationales ne le font-elles pas déjà de facto ?

Pointée du doigt par les économistes, la situation des États-Unis au regard de leur endettement colossal a un coût pour les pays émergents. Si les travaux de Carmen Reinhart et de l’ancien économiste en chef du FMI Kenneth Rogoff ont été largement discutés, ils posent la nécessaire question du lien entre dette et croissance. Quant aux économistes du FMI Emre Alper et Lorenzo Forni [13], ils ont récemment montré que, pour les pays émergents, « an increase in the public debt level so large advanced economies – especially the United States – spills over to both emerging markets and other advanced economies’ long-term real yields and that this effect is significant at the current levels of advanced economies’ » [14].

Vers un rééquilibrage de la gouvernance ?

Mais si ces succès sont parfois occultés, c’est sans doute aussi en raison des critiques souvent fondées de manque de transparence, de déficit démocratique et de représentativité, dues à une désignation censitaire. Le renouvellement des instances dirigeantes du FMI en 2011 dernier et le remplacement d’un directeur général français par madame Christine Lagarde a été l’occasion  pour les pays sous-représentés de clamer la nécessité d’un rééquilibrage des quotes-parts, mais aussi celle d’un changement de perspective sur la conditionnalité des prêts et la meilleure évaluation des politiques publiques.

Le troisième millénaire a vu s’élever les voix d’un nouveau groupe de pays – les BRICS [15]– pour exiger leur place autour de la table de la gouvernance économique mondiale. Les négociations dans le cadre du Cycle de Doha comme l’on sait s’en sont trouvées fortement bouleversées, l’ancien modus operandi ne fonctionnant plus, et ce malgré les efforts de son directeur général, Pascal Lamy.

La désignation d’un économiste chinois, Zhu Min, comme adjoint de la nouvelle directrice générale du FMI est un pas dans ce sens. David Lipton, un Américain, a succédé à John Lipsky – dont le mandat est arrivé à terme le 31 août 2011 – comme premier directeur général adjoint.

Si elles ont évolué depuis leurs débuts, ces vieilles dames donnent parfois le sentiment d’être à bout de souffle. Keynes lui-même, dans le cadre du panel dont il avait la charge, relevait que lors de la mise en place des institutions de Bretton Woods, les salles étaient bondées et que les interlocuteurs avaient du mal à converser. Certains étaient même particulièrement silencieux, comme la Russie. Seuls quelques pays en développement étaient alors représentés. Si elles étaient d’ores et déjà perfectibles à leur fondation, puissent-elles opérer cette mue, car il ne fait aucun doute qu’elles demeurent essentielles.

[1] Banque des Règlements Internationaux (BRI), Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE), Organisation mondiale du commerce (OMC).

[2] Banque Africaine de Développement (BAfD), Banque Asiatique de Développement (BAD), Banque Interaméricaine de Développement (BIAD), Banque Islamique de Développement (BID)

[3] Ancien économiste en chef de la Banque Mondiale et prix Nobel d’économie en 2001.

[4] Voir le discours de Lawrence Summers sur le site : http://www.imf.org/external/spring/2000/imfc/usa.htm.

[5] Par ressources concessionnelles, on entend les crédits accordés par l’Association internationale de développement, institution membre du Groupe de la Banque Mondiale, crédits ne portant pas intérêt et assortis de longs différés d’amortissement et délais de remboursement.

[6] Rapport d’information d’Adrien Gouteyron fait au nom de la Commission des finances du Sénat sur les contributions financières de la France aux organisations internationales (http://www.senat.fr/notice-rapport/2010/r10-390-notice.html).

[7] Exactement 882,9 millions d’euros.

[8] Contributions affectées dans la logique budgétaire nationale au Programme 105 (Action de la France en Europe et dans le monde) et au Programme 110, par lequel sont comptabilisés les versements au Fonds monétaire international et à la Banque Mondiale.

[9] C. Chavagneux et L. Tubiana (2000), « Quel avenir pour les institutions de Bretton Woods ? Les transformations de la conditionnalité », in F. Bourguignon, C. Chavagneux et L. Tubiana, Développement, Les rapports du Conseil d’analyse économique, n° 25.

[10] Nous avons montré que le plan d’ajustement structurel en Tunisie avait un bilan positif sur la période 1986-1995, voir Brack E. (1997), « La Tunisie entre ajustement et intégration », thèse de doctorat (https://estellebrack.files.wordpress.com/2009/10/1997_brack_these-doctorat.pdf).

[11] « Aid, Policies and Growth », Policy Research Working Paper n° 569252, Banque Mondiale.

[12] « Aid allocation and poverty reduction » Policy Research Working Paper Series 2041, Banque Mondiale.

[13] « Public Debt in Advanced Economies and its Spillover Effects on Long-term Yields », FMI, Working Paper 11/210, août 2011.

[14] « Une hausse du niveau d’endettement public des économies développées, en particulier des États-Unis, se répercute sur les rendements réels à long terme des marchés émergents mais aussi des autres marchés développés. Cet effet est significatif, étant donné les niveaux actuels des ratios d’endettement des économies développées. », NDLR.

[15] Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud.

Le modèle bancaire à l’épreuve du Printemps arabe

Les systèmes bancaires arabes, bien que profonds, sont vulnérables et financent insuffisamment l’économie locale. Les changements politiques que vivent actuellement certains d’entre eux pourraient donner l’impulsion d’une réforme en profondeur. État des lieux, pays par pays.

Avec deux révolutions consommées (Égypte, Tunisie), cinq pays en proie à de fortes contestations ou même à des conflits internes (Bahreïn, Jordanie, Libye, Syrie, Yémen) et d’autres dans lesquels la contestation conduit à un ajustement des politiques (Algérie, Maroc), le monde arabe n’avait pas connu de période aussi agitée depuis plusieurs décennies et est à un tournant de son histoire. Tunisie et Égypte ont vécu des épisodes révolutionnaires plus courts mais qui on.t conduits à une profonde rupture. Il faut maintenant restructurer la vie politique et ajuster les politiques de développement économique dans ces deux pays très ouverts sur le reste du monde. En Libye, moins insérée dans l’économie régionale, le conflit est armé et l’activité économique à l’arrêt depuis plusieurs semaines.

Les manifestants en Algérie, au Bahreïn, au Maroc, en Jordanie, en Syrie ou au Yémen ont exprimé leurs aspirations à la réforme de la gouvernance pour lutter contre la corruption et le népotisme, garantir le respect de l’état de droit, des droits de l’homme et des libertés fondamentales, réduire les inégalités sociales et mettre en place de meilleures conditions économiques et sociales. Les mouvements populaires sont animés par de jeunes activistes politiques, sous des noms semblables (« 20 février » au Maroc, « 24 mars » en Jordanie, « 14 février » au Bahreïn, « 17 février » en Libye…) qui montrent la volonté de se placer dans une tendance régionale voire panarabe.

Le modèle vers lequel chaque pays évoluera sera indéniablement façonné par les spécificités nationales, et le résultat dépendra notamment de degré de mitigation des influences occidentales (latines) et musulmanes.

Du régime politique dépendra l’évolution économique

Si les prévisions économiques liées à l’Égypte comme à la Tunisie intègrent un net ralentissement – les prévisions de croissance sont inférieures d’au moins 2 points à ce qui était initialement prévu pour 2011 –, elles annoncent aussi un rebond potentiel important à moyen terme. Concrètement, après la révolution, ces pays doivent faire face à plusieurs difficultés concomitantes d’ordre politique et économique :
– gérer l’instabilité née de la chute des régimes autoritaires. Le débat public et la prise de parole doivent avoir une visée constructive et non pas remettre en cause les acquis (par exemple les Droits de la femme, comme ce peut être le cas en Tunisie) ;
– gérer le changement politique et réorganiser les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, dans des pays où le régime déchu s’appuyait fortement sur la corruption et la confiscation des biens publics et privés ;
– redémarrer l’activité économique après des jours voire des semaines de fermeture des entreprises et des administrations, et des dégâts importants dans les entreprises. 10 % des agences bancaires auraient ainsi été dégradées en Tunisie. Des plans de relance ont d’ores et déjà été mis en place en Égypte et en Tunisie. L’objectif à terme est de résorber le sous-emploi qui ne manquera pas d’être aggravé en 2011 par le ralentissement de l’activité et par le retour des migrants de Libye (plus d’un million en Égypte et plus de 200 000 en Tunisie) ;
– convaincre les investisseurs étrangers de reprendre leur activité mise en attente par les soulèvements ;
– gérer les participations de l’ancien régime dans l’activité économique et opérer une transition vers un assainissement. Au-delà, il faudra relancer une dynamique d’entrepreneuriat qui a été jusqu’alors entravée par les pratiques du pouvoir.

Les banques françaises présentes dans les pays arabes

La région Sud de la Méditerranée a toujours été un lieu d’implantation des banques françaises par sa proximité géographique mais aussi culturelle. BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole, BPCE ou Crédit Mutuel y opèrent via des participations plus ou moins majoritaires dans les établissements bancaires de la région, avec un niveau d’exposition qui, s’il varie d’un établissement ou d’un pays à l’autre, est loin d’être négligeable dans les pays du Maghreb.

Elles opèrent en banque de détail via un réseau d’agences important en Algérie, en Égypte, au Maroc, en Tunisie, au Liban et en Libye. Mais elles sont également présentes dans la péninsule arabique, en banque conventionnelle et même en banque islamique. Selon les chiffres de la Banque des Règlements Internationaux, le total des engagements des banques françaises dans les pays arabes est de 98,9 milliards de dollars (au troisième trimestre 2010), dont 52,5 milliards pour les pays du pourtour méditerranéen et 45 milliards dans les pays du Golfe (voir Tableau). En Égypte comme en Tunisie, les banques françaises ont indiqué qu’il n’y avait pas de raison de constituer des provisions liées à leur exposition.

Vers un modèle bancaire arabe ?

Les systèmes bancaires des pays arabes ont été façonnés sous l’influence des banques internationales jusqu’aux réformes des années 1980. Ils se sont ensuite inspirés des systèmes bancaires européens, tant pour leur organisation que leur réglementation. Le système bancaire français a eu en particulier une forte influence dans la codification et l’organisation des systèmes bancaires arabes.

Aujourd’hui, les pays arabes disposent d’un secteur bancaire plus profond que la plupart des autres pays émergents, mais avec une base de clientèle plus étroite et vulnérable aux créances douteuses. Globalement, l’accès au crédit pour les entreprises est plus faible qu’en moyenne dans les pays émergents, et cette mauvaise performance émane principalement des pays de la région qui n’ont pas encore réformé leur secteur bancaire.

Les systèmes financiers demeurent dominés par les banques et le secteur bancaire ne joue pas suffisamment bien son rôle dans la promotion du développement économique, par manque d’efficacité. Les banques détiennent en moyenne plus de la moitié du total des actifs, en tenant compte du processus d’ouverture et de libéralisation de ces dernières années. La finance de marché (ou « finance directe ») reste peu développée et peu sophistiquée, même dans les pays disposant d’importantes liquidités. Si, globalement, la structure capitalistique des marchés financiers mondiaux se répartit équitablement entre titres de dette, actions et actifs bancaires, ces derniers représentent plus de la moitié de la structure capitalistique totale (57 %), dans les pays arabes contre 36 % pour les actions et quasiment pas de titres de dette.

Les systèmes bancaires des pays arabes sont souvent basés sur un modèle de banque simple offrant des produits bancaires et financiers basiques. Ils partagent en outre une croissance relativement modérée pour la plupart d’entre eux et une relative autonomie vis-à-vis de la place financière internationale, le faible recours aux marchés internationaux ou la non-convertibilité des monnaies domestiques y étant pour beaucoup. Le revenu principal des établissements bancaires est basé sur la perception d’intérêt (ou équivalent) et de commissions.

La Tunisie en particulier a un système bancaire constitué d’une constellation de petites banques ; les nombreux travaux le concernant convergent vers un diagnostic d’inefficience. À court terme, il est nécessaire de réorganiser l’activité bancaire dans un environnement paradoxalement moins sûr : la disparition de la police et de l’armée à chaque coin de rue a autorisé des actes de banditisme à l’encontre d’agences bancaires ou des transporteurs de fonds.

Certaines places financières régionales pourraient en outre tirer profit des événements, au détriment de leurs voisins. Là où la situation est actuellement la plus difficile (Libye, Bahreïn et Yémen), la pérennité des activités des entreprises à capitaux étrangers est clairement posée. Ainsi, le royaume de Bahreïn devra vraisemblablement céder ses ambitions de place financière régionale à Dubaï (DIFC [1]) ou à l’Arabie Saoudite [2]. Le Maroc et le Liban en profiteront également à court terme.

Il conviendrait alors aujourd’hui de poursuivre les efforts et d’entamer une nouvelle phase de réforme visant en particulier à :
– résoudre les inefficacités des systèmes bancaires ;
– améliorer l’accès et développer les produits et services bancaires ;
– renforcer le cadre réglementaire par la concertation de Place ;
– améliorer l’allocation des liquidités ;
– développer la concurrence et la régionalisation des secteurs bancaires ainsi que leur convergence vers un modèle régional.

[1] Le DIFC (Dubaï International Financial Center) s’inspire de la City de Londres.
[2] Si l’Arabie Saoudite avait, jusqu’à présent, relativement peu attiré d’investisseurs étrangers, les autorités saoudiennes ont désormais instauré un cadre réglementaire jugé particulièrement sécurisant.


Article écrit avec Emna ZOUARI et paru dans Revue Banque spécial monde arabe, juin 2011.