Paiement instantané au Brésil

Le projet de paiement instantané au Brésil (Pagamentos instantâneos)a pour objectif de mettre en place une infrastructure de paiement permettant un règlement immédiat entre l’émetteur et le bénéficiaire du paiement.

Le Brésil est le premier pays du continent américain à avoir mis en place une infrastructure de règlement rapide, avec SITRAF en 2002, qui permettait un crédit en maximum 60 secondes. Mais, faute de consensus politique sur comment le moderniser et le faire évoluer, il est aujourd’hui devenu nécessaire d’introduire une nouvelle plateforme. Le service n’est en outre disponible qu’aux heures ouvrées.

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Le nouveau système – qui devrait entrer en vigueur en 2020 selon la Banque centrale – devrait révolutionner l’existant en matière de disponibilité, de rapidité, de facilité d’utilisation. Il doit aussi multiplier les cas d’usages, en réduisant d’une part le nombre d’intermédiaires – et donc le coût pour l’utilisateur – mais aussi en permettant le développant de solutions sur mobile grâce au QR Code, privilégié par la Banque centrale.

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Capitalisant sur le parc important de téléphones mobiles au Brésil, et sur la taille du pays, le projet ne peut qu’intéresser les fintechs du pays, qui pour une part non négligeable d’entre elles se sont déjà positionnées sur les paiements.

Digitalisation bancaire au Brésil

Le pays à l’échelle d’un demi-continent voit s’épanouir sur son territoire les mêmes forces innovatrices que dans les autres régions du monde. BancoInter, BancoOriginal, Neon, Nubank et les autres proposent une alternative aux banques déjà établies, dans un contexte de faible bancarisation et de procédures bancaires encore trop archaïques. Le potentiel de disruption par les nouveaux acteurs – déjà très présents – est particulièrement important.

Avec une taille de marché considérable, la néo-banque Nubank détient aujourd’hui le plus grand nombre de client, soient 15 millions*, devant Revolut (7 millions), Chime (4 millions), N26 (3,5 millions) ou Monzo (3,1). Neon a, lui, 1,6 million de clients.

En Amérique du Sud, les activités bancaires concentrent une petite part des activités des fintechs – seulement 26 parmi les 1000 en exercice fin 2018 – 600 autres étant consacrées aux activités de prêt, de paiement ou de gestion des investissements. Le potentiel de croissance est immense puisque 70% de la population de la région (210 millions d’individus) est mal ou pas du tout bancarisée.

Une faible bancarisation

Au Brésil en particulier, 30% des adultes ne disposent pas de compte bancaire. Dans une secteur bancaire à forte concentration – 84,8% du marché des crédit est opéré par les cinq plus grandes banques du pays et 83,8% des dépôts – les banques font figure d’établissements distants et peu enclins à bien traiter les préoccupations quotidiennes des clients. Ainsi, l’accès à distance aux opérations courantes ainsi que la dématérialisation des procédures et les délais de traitement des opérations sont très en deçà de ce que peuvent proposer les nouveaux acteurs. 59% des non-bancarisés sont des femmes, 58% des individus ayant été à l’école secondaire ou supérieure et 68% ont accès à internet.

Si les agences se sont équipées – dans les grandes villes en particulier – de murs de DAB multiples (une dizaine de DAB dans certaines agences), beaucoup d’opérations nécessitent encore une visite en agence et, par voie de conséquence, une longue attente. Une difficulté qui touche en particulier les régions hors grandes agglomérations. 32% des brésiliens disposent d’une carte de crédit, 23% épargnent et 0,6% de la population seulement vont sur le Marché Financier brésilien (Brasil Bolsa Balçao). Plus de 71% des brésiliens paient en espèces.

Selon l’Instituto Brasileiro de Geografia e Estatística (IBGE), 24,2 million de brésiliens sont auto-entrepreneurs, et une part importante de cette population travaille de façon informelle, comme vendeur dans la rue, fournisseurs de services domestiques, freelances, etc.

Le crédit non bancaire explose

Le Brésil est le deuxième pays au plus important spread de taux (après Madagascar), avec 32,2%, quand la moyenne mondiale est de 5,4%. Le crédit bancaire est ainsi extrêmement onéreux et freine les velléités entrepreneuriales et immobilières. Les activités de crédit à la consommation ont cependant connu un engouement certain ces dernières années, avec les mêmes caractéristiques que partout ailleurs pour ces marchés émergents : un endettement pour acquérir des biens de consommation, sans véritable réflexion individuelle sur la capacité de remboursement. L’éducation financière et budgétaire est, ici aussi, un besoin prégnant.

Un marché dopé par internet et le mobile

La faible bancarisation contraste avec l’usage d’internet et des smartphones au Brésil. 70% de la population utilise internet (127 millions d’individus), 97% des brésiliens accèdent à internet via leur téléphone cellulaire. Les transactions bancaires évoluent très fortement via le canal du mobile, passant de 9% en 2014 à 40% en 2018, quand les opérations en agence ou par internet ont décru de près de 40% (chacun) en 2014 à un peu plus de 20% en 2018.

Le marché compte aujourd’hui une centaine d’acteurs, dont 21 fintechs indépendantes (BPP, contavip, Neon, Linker, simples, N26, inter, Nubank, ATAR, C6BANK, PJBank, liftbank, contaum, xmare, SocialBank, Yet, BancoOriginal, pag!, cora, OCash), 20 fintechs en partenariat avec d’autres acteurs (sumup, PagBank, cielo, conto stone, modalmais, woop, next, pinbank, digio, banQI, magalu, Payly, mercadopago, EWALLY, aMe, digi+, CacauPay, contadigital, Carrefour), 37 acteurs traditionnels, 2 coopératives (Sicredi, BANCOOB) et 14 plateformes en marque blanche (agillitos, bank4, BBNK, bitcapital, Stark Bank, FitBank, acesso, 4all, liveOn, BTX, matera, swipe, pismo, SmartBank). Parmi les fintechs, 40% émettent des cartes Visa et 60% MasterCard.

Selon l’association bancaire – Febraban – les banques brésiliennes ont dépensé un peu moins de 100 milliards de dollars entre 2014 et 2018 en technologie, en Big Data/Anlytics, Intelligence Artificielle, Blockchain, Robotique et Open banking, tout à fait en ligne avec leurs consoeurs du reste du monde.

Conclusion

Ainsi, comme dans d’autres régions du monde, le mobile et l’avènement d’internet sont l’occasion de révolutionner l’accès des individus aux services financiers, en introduisant un parcours client fluide et facilité, ainsi que des services plus rapides et à moindre coût.

Portée par la banque centrale du Brésil, l’initiative de paiement instantané devrait être lancée en 2020 et permettra de promouvoir l’inclusion financière dans le pays.

* Les chiffres mentionnés ici sont extraits du rapport Digital Banking Current Scenario & Trends in Brazil, publié par fisher en 2019.

Cas d'espèces : comment un village de pêcheurs au Brésil est passé du cash à la carte

Copyright Marcelo Mioti
Copyright Marcelo Mioti

São Miguel do Gostoso, municipalité du Rio Grande do Norte dans la région du Nordeste au Brésil. A quelques kilomètres de la pointe la plus au Nord-Est du continent sud-américain, le village a connu un développement très rapide depuis une dizaine d’années, transition de village de pêcheurs à site touristique prisé des brésiliens des grandes agglomérations économiques du Sud du pays (Sao Paulo, Rio de Janeiro) mais aussi des européens. A quelques kilomètres de l’équateur, ses grandes plages sont supportables grâce au vent qui souffle toute l’année et attire kitesurfers et windsurfers internationaux. Le village comptait un seul hébergement touristique en 1989, contre une cinquantaine aujourd’hui, et 10.000 habitants environ. Le village est aussi réputé pour la qualité de ses restaurants gastronomiques.

Jusqu’en 2013, le village comptait deux agences bancaires des grands établissements traditionnels brésiliens (Banco do Brasil et Caixa), équipées de distributeurs de billets auprès desquels les locaux (nativos) et les touristes pouvaient s’approvisionner en reais (real au singulier) pour leurs dépenses courantes (quand les DAB fonctionnaient…). Très peu de commerçants étaient équipés de terminaux de paiement, quatre ou cinq seulement: les pousadas les plus chics sur la plage et les restaurants gastronomiques.

Les séjours dans les pousadas (Bed & Breakfast qui constituent la quasi-totalité de l’offre d’hébergement) étaient réservés en avance contre virement international Swift sur un compte brésilien, qui nécessitait une action pour le bénéficiaire pour débloquer les fonds. Les virements étaient en outre facturés pour l’émetteur de l’ordre de 70 euros pour un envoi de 1000 euros.

C’est la banque nationale, Banco do Brasil, qui avait installé le premier DAB dans le village dans les années 2000, à côté de l’église. On pouvait y voir une longue file d’attente le lundi matin pour y retirer les espèces nécessaires pour payer les courses au marché du même jour. Les débuts du DAB ont suscité curiosité et inquiétudes : pour certains, c’était l’occasion d’observer qui avait suffisamment de ressources pour y retirer de l’argent; pour bien d’autres, le code de la carte de retrait écrit sur un papier dans la main, c’était une prise de contact avec la monnaie électronique, sans trop de souci de la sécurité. Enfin, comme aujourd’hui, ceux qui détenaient des comptes bancaires centralisaient les dépôts et retraits de celles et ceux qui n’en avaient pas. Une bancarisation intermédiaire en quelque sorte, s’improvisant « agents » informels, comme de l’autre côté de l’Atlantique.

Entre 2013 et 2014, des malfaiteurs ont méthodiquement détruit les DAB (et agences) du village ainsi que ceux de la ville la plus proche, Touros, décourageant les banques de se réinstaller dans le village pendant plusieurs années. Les touristes étaient incités à effectuer du change à l’aéroport à leur arrivée, solution moins onéreuse que de le faire dans leur pays d’origine. Dans le nouvel aéroport créé pour la coupe du monde de football en 2014, les plus avertis ont pu retirer des espèces auprès des distributeurs localisés au niveau des départs.

Comment les commerçants se sont-ils organisés?

En l’absence totale de banque dans le village pendant plusieurs années (Bradesco a ré-ouvert une agence avec un chargé de clientèle en 2019), les habitants se sont organisés. L’accès à la monnaie fiduciaire étant beaucoup plus compliqué en l’absence de banque dans le village, la circulation des espèces s’est organisée de façon informelle entre les habitants, promouvant la reconnaissance de dette et le troc, mais aussi en ayant recours à la création d’une monnaie locale, le « Gostoso », reconnue par la banque centrale.

Parallèlement, devant l’impératif d’être payés pour des produits et services consommés par des non-résidents au village (les touristes), déjà porteurs de cartes de paiement, à la fois pour les brésiliens du Sud ou les européens (qui constituent la majeure partie des touristes étrangers), les commerçants se sont équipés de terminaux de paiements. A la faveur de la mise sur le marché de m-Pos fournis par des acteurs non bancaires à des prix bien inférieurs à ceux des banques, tous les commerçants se sont équipés, des pousadas aux restaurants et clubs de plage. Les cartes Visa et MasterCard y sont communément acceptées.

Aujourd’hui, seuls les commerçants présents sur le marché de fruits, légumes, viandes et poissons, qui se tient une fois par semaine le lundi matin (Secunda Feira), ne sont pas équipés de TPE et manipulent encore uniquement des espèces.

Quelles leçons en tirer?

Une telle organisation économique repose sur un pilier : la confiance. A la fois pour les résidents dans cette vision de troc à long terme qui nécessite une compensation et règlement à la fin de la saison au moins (après le carnaval). Mais aussi pour les commerçants qui permettent à leurs clients réguliers (bar de plage, etc.) d’ouvrir des comptes qui seront soldés par paiement carte en une seule fois avant le départ. Ceci ayant notamment pour avantage au porteur de carte de banque traditionnelle de limiter les frais de change liés au caractère international de ces opérations, et de ne pas porter d’argent sur soi. Il n’est ainsi pas rare de voir un client touriste repartir dans son pays et effectuer le règlement de son séjour dans sa pousada depuis son domicile. L’on peut ainsi mesurer qui, parmi les européens, a adopté pleinement ou pas les possibilités de banque en ligne ou sur mobile proposé par son établissement.

Alors que le Brésil voit foisonner comme partout ailleurs des solutions sur mobile, le modèle qui s’est développé dans la région n’est pas du tout celui-ci, mais celui promu par le moyen de paiement dont sont équipés les touristes : la carte bancaire. Le plus « universel » dans ce contexte, l’effort d’équipement (en TPE) étant effectué par les commerçants, à moindre coût grâce à l’offre pléthorique dans ce domaine.

Les visiteurs réguliers ont en outre adopté des solutions internationales comme TransferWise ou Revolut, ou sollicité auprès de leur établissement bancaire traditionnel des frais réduits sur leurs paiements. Ces mêmes solutions proposant des virements internationaux low cost sont également largement utilisées, même si elles demandent encore à être davantage connues.

C’est aussi le charme de cette région qui se lit dans ce rapport plus désinvolte à l’argent…

« Du grain à moudre »

Participation à l’émission de France Culture « Du grain à moudre » le 22 juillet Afrique : l’Union fait la force ?

L’information n’a pas fait la une, en France, coincée entre les débats animés autour du CETA et du Mercosur. Pourtant, la création, au début du mois, d’une zone de libre-échange en Afrique a de quoi attirer l’attention.

Et ce d’autant plus que la quasi-totalité des pays du continent vont y participer : 54 sur 55, seule l’Érythrée a refusé de s’engager. L’Afrique du Sud et, in extremis, le Nigéria, les deux principales puissances du continent ont accepté. 54 États – soit près d’1,3 milliard d’habitants, répartis sur tout un continent. Autrement dit, la plus vaste et la plus grande zone de libre-échange au monde.

C’est à Niamey, au Niger, qu’elle est née, il y a 15 jours, le 7 juillet. La ZLECAF – zone de libre-échange continentale africaine. Un projet à la fois économique et politique, porté par la volonté de quelques présidents : le Nigérien Issoufou et le Rwandais Kagamé, essentiellement. Un projet déjà très critiqué : vite fait, mal fait, disent de nombreux observateurs. Il risque aussi d’accentuer les inégalités entre certains pays…

D’où cette question : en Afrique, l’union économique fait-elle la force ?

L’accord pose des conditions pour renforcer le commerce intracontinental, en éliminant les droits de douane par exemple. Son objectif est d’harmoniser le commerce à l’échelle continentale en surpassant les problématiques des zones commerciales régionales. Amzat Boukari Yabara

Pour qu’une zone de libre-échange soit viable, il faut qu’il y ait une production locale. Il est aujourd’hui nécessaire d’industrialiser les pays et de produire localement, non pas seulement de faire du commerce. Estelle Brack

Il y a également un débat sur l’avenir de la zone franc. Avant, elle était considérée comme un obstacle à la mise en place d’une monnaie ouest-africaine et d’une zone d’union monétaire. Mais une monnaie commune ne pourra pas être instaurée tant que les États ne seront pas capables de respecter des règles précises et de s’y tenir. C’est souvent compliqué dû aux comportements de certains ÉtatsDaniel Bach

World API Banking Dialogue in London – 10 June

I had the pleasure to talk about partnership btw banks and fintechs at the World API Banking Dialogue in London. Very interesting insights from Tony McLaughlin who raised the necessity for banks to reposition themselves and their offer towards platforms, to further develop credit to platform users (both sides) and warning that developing proprietary APIs might lead to further desintermediation. A BIS study (https://lnkd.in/dXXTujA) showed that BigTechs better lend that banks… Victoria Bateman made a very complete presentation on knowledge and usage of Fintechs, even showing that millenials might better trust newcomers from the Fiat economy (non Fintechs) than banks… hashtag#fintechs hashtag#payments

Troisième rendez-vous en France de l’European Women Payments Network – EWPN

Pour son troisième rendez-vous en France, l’European Women Payments Network (EWPN) propose le 25 juin 2019, un afterwork organisé avec le soutien de Worldline autour de femmes au parcours d’exception. L’événement permettra d’analyser les ambitions, doutes et obstacles rencontrés par des professionnelles de différents secteurs d’activité et d’échanger sur les actions à mener pour favoriser la diversité dans la société de demain. Il sera animé par Andréa Toucinho et moi-même.
Parmi les intervenantes :
Anne-Laure CASADO, Avocate en droit de la famille, membre du conseil de l’ordre, Secrétaire générale adjointe de l’Union des Jeunes Avocats à la Cour de Paris (UJA de Paris)
Agnes Levallois, Consultante, Spécialiste du Moyen-Orient, Vice-Présidente de l’iReMMO
Charline Crosnier, Worldline Business Developer on Blockchain
Pour s’inscrire gratuitement, il convient d’adhérer au préalable à l’association EWPN Europe (https://lnkd.in/gfmfetp) puis de réserver sa place pour le Local Meetup France.
L’adhésion à EWPN Europe est totalement gratuite.   

CONTROVERSES à l’iReMMO le 14 juin 2019 – Femmes, féminismes et islam : regards croisés

CONTROVERSES à l’iReMMO le 14 juin 2019 – Femmes, féminismes et islam : regards croisés
Rencontre avec Leila Tauil, chargée de cours à l’Université de Genève et chercheure associée à l’Université Libre de Bruxelles, ses recherches portent sur la période fondatrice de l’islam, l’élaboration historique du droit musulman (charîa), le statut des femmes musulmanes, les féminismes islamiques, les féminismes arabes séculiers et laïques et le dialogue interculturel, et Azadeh Kian, sociologue franco-iranienne, professeure de sociologie à l’Université Diderot-Paris VII et directrice du Centre d’enseignement de documentation et de recherches pour les études féministes (CEDREF).