De quoi l’appel à la diversité est-il le nom?

Tout autant que de la place des femmes dans la société et de l’égalité des chances, il s’agit de promouvoir une vision féminine du monde tout autant que masculine. Un équilibre. Trouver une issue par le biais de la compréhension de l’attente de l’autre et la discussion, la négociation, et pas seulement résoudre les problèmes par la force. Autrement que par l’exercice d’un pouvoir qui voudrait imposer une vision unilatérale. Décider et soumettre, versus chercher une solution win-win (un optimum de Pareto).

Les approches coloniales seraient du type contrôle et soumission, ainsi que toutes les conquêtes guerrières qui avaient pour objectif d’imposer une vision, une façon de faire (une culture), une façon de penser l’être et le monde (une religion). Alors que la politique commerciale européenne serait plutôt dans une volonté de donner l’exemple pour convaincre (l’ouverture des frontières); tandis que la politique de Trump est dans une démarche (nous simplifions) de prendre d’abord avant de donner, et de pouvoir.

Les formations en entreprise promues ces dernières années pour accompagner la transformation du management intermédiaire en leadership veulent mettre l’accent apparemment sur le dialogue et la résolution de problèmes par la prise en considération de l’autre. Le management empathique en quelque sorte. Indispensable lorsque l’on doit embarquer une communauté sans lien hiérarchique autour d’un projet. La ficelle du pouvoir et de la contrainte ne peut en principe plus être activée car obsolète. Mais dans les faits, dans les grandes entreprises croulant sous les projets, le sponsor du projet demeure clé pour que ce dernier avance. Dans les startups, le modèle horizontal de management, avec des dirigeants assis sur les plateaux avec les équipes veut atténuer le côté pyramidal et nécessairement administratif du modèle hiérarchique traditionnel. 

Mais ces formations ont raison lorsqu’elles veulent inciter chacun à laisser s’exprimer talents, qualités et compétences. Parce qu’il y a de la place pour tous.

Féminin et masculin sont partout dans la nature. Chez les hommes et les femmes indifféremment. Question d’éducation, de milieu, de sensibilité, avec donc une part d’inné et une autre d’acquis. Celui ou celle touché par une oeuvre artistique quelle qu’elle soit est en contact avec son féminin. Mais trop de féminin peut tuer le féminin. Parfois dire non pleinement avec le courage de celui qui se rencontre soi-même, pour pouvoir dire oui pleinement. Oui à la vie.

Ce n’est pas une passion que de s’intéresser à ces sujets. Diversité des ressources et des modes de pensée à une époque où l’état du monde, l’ouverture des frontières et l’horizontalité de nos sociétés exigent de repenser le modèle au-delà de son seul rajeunissement (out of the box). A la fois parce que le potentiel de ressources humaines est illimité, et parce que les ressources naturelles présentes sur notre planète sont finies – et déjà en régression. La notion de diversité veut prendre en compte la capacité de chacun à contribuer à cette nécessaire oeuvre commune. Pour le bien de toutes et tous.

Le nouveau modèle a forcément à s’inspirer de ce que la Vie a déjà fait sur la Terre à un moment donné. Car n’oublions pas que l’économie ne peut être qu’au service de la Vie. Et pas l’inverse.

Estelle Brack, Paris, 8 mars 2019

Back to basics

A l’occasion de l’arrivée de l’ouragan Florence aux Etats-Unis, les fournisseurs de papier carbone pour les paiements par carte ont vu leurs ventes reprendre. Comme à chaque fois dans ce genre de circonstances, tandis que chacun se prépare à rester enfermé quelques jours en autosuffisance, les commerçants, eux, se préparent aux coupures d’électricité et de réseau et ressortent les anciens « sabots » pour le règlement par carte. L’économie digitale, toutes nos activités autour d’elle et la monnaie électronique en particulier sont, en effet, très dépendantes de l’énergie elle-même. Ne faudrait-il pas aussi conserver au cas où, aux côtés de bougies et d’allumettes, un bon vieux téléphone USSD qui ne fait que… téléphone?

Forum économique international des Amériques 11-13 juin 2018

A l’invitation de l’Organisation Internationale de la Francophonie, j’ai participé pour la première fois au Forum Economique International des Amériques, à Montréal, les 11-13 juin 2018. Le panel dans lequel je suis intervenue était consacré à l’inclusion financière en Afrique. L’occasion de prendre du recul sur l’impact des phénomènes simultanés de globalisation et de repli sur soi, et l’ampleur que prennent les grands acteurs économiques américains et chinois, bi-polarisant le monde, au détriment de l’Europe selon les analystes les plus pessimistes.
Par ICI pour le détail de la table ronde. 

Cartes Afrique devient « Pay ID Expo »

Cartes Afrique – rebaptisé cette année « Pay & ID Expo » – a permis de faire le point sur les grandes évolutions du paiement sur le continent africain.

J’ai particulièrement retenu des échanges :
– L’intervention de Luping Zhang d’UnionPay, qui a souligné le grand succès du QR code pour le paiement mobile en Chine, grâce à sa simplicité. Mobile money va se continuer à se développer, et si la question est de savoir sous quelle forme (NFC, HCE, etc), le QR code (pas le plus avancé techniquement) mais grosse tendance car réunit des avantages forts pour tous les acteurs de la chaîne de valeur.
— Avantages / inconvénients de la carte => demat/tokenisation permet de baisser les couts => Transfo carte en QR pour payer chez les commerçants physiques
— Blockchain : un atout pour la régulation et les aspects sécurité, mais moins d’intérêt selon lui pour les systèmes cartes : en 3/4 parties une transaction doit actualiser chez 3/4 parties seulement alors que tous les nœuds blockchain doivent être actualises => plus complexe.
— Biométrie : les empreintes digitales ne laissent que 10 possibilités de changement tandis que le PIN de la carte peut être changé selon les combinaisons à 4 chiffres

Pour le CEO de HPS, Mohamed Horani : 19 milliards de cartes auj. et 24 milliards en 2020. Bcp de personnes dans le monde rêvent d’avoir une carte, il s’agit aujourd’hui de trouver les combinaisons mobile et carte.

Maroc
Une cellule « paiements mobile » a été créée auprès du gouverneur de la BKAM et va sortir sous peu une solution mobile interopérable entre les wallets existants des différentes banques et avec telcos via une plateforme commune processée par HPS Switch, après des travaux menés conjointement entre BKAM et ANRT. Comptes de monnaie électronique.350 millions transactions cartes et objectif 1 milliard à 5 ans avec le mobile pour 400 milliards dirham dont 15% en valeur pour le mobile. 90ù des transactions cartes sont des retraits sur DAB

Gabon
Expérience de poste-finance au Gabon avec filialisation partie services financiers de la Poste qui a connu des pb de gestion. Création sous agrément IMF car moins exigeant en FP et objectif de devenir banque à 3-5 ans. Projet de ce type au Sénégal n’a pas fonctionné. 280 000 clients fonctionnaires au Gabon concernés, pas d’enrôlement nécessaire car réutilise la base clientèle existante de la partie services financiers de la Poste.

Fonds gabonais d’investissements stratégiques avec 100 Mds CFA en 2012 et abondement de 10% bénéfices exploitation ressources naturelles par an (Auparavant fonds pour les générations futures en sommeil à la BEAC). Intervient beaucoup en equity. 80% au Gabon mais aussi 20% à l’extérieur du pays : Oragroup / IGS au Nigeria/Fonds agricole Agrilene en CI ou stevia au Ghana

Algérie
mPos sur la table des discussions
Obligation faite aux commerçants d’avoir une solution d’acceptation carte/mobile avec 2018 année de grâce et pénalités à partir de 2019 => nouveaux acteurs TPE sur le marché
Usine de montage de TPE en Algérie car sinon 3 à 6 mois pour faire venir. Commerçants assez reluctants mais switch pousse. Dialogue avec Telcos
Question de l’obligation ou non d’adosser un wallet à un compte bancaire

Tunisie
USSD pour toucher max de personnes et intéresser les telcos mais aussi autre techno app embarquée avec QR code / NFS => pb autres acteurs syst qui ont main-mise sur ce système (Apple…)

UEMOA
Obligation de faire compensation en monnaie locale pour toutes transactions entre deux acteurs, y compris intragroupe => via switch GIMPlateforme GIM UEMOA sur base techno HPS


Ecobank dispose d’une solution de paiement par QR code en Côte d’Ivoire sur mobile phone.


La Directrice de Trustech (qui se tient à Cannes tous les ans, ex-Salon Cartes) Claire de Longeaux était présente pour la première fois et a apprécié le dynamisme des échanges.

Perspectives économiques en Afrique 2018

La Banque africaine de développement a complété ses Perspectives économiques en Afrique par cinq rapports régionaux.

Ces études économiques régionales ont été rendues publiques à Tunis (Perspectives économiques en Afrique du Nord 2018), à Abidjan (Perspectives économiques en Afrique de l’Ouest 2018 et Perspectives économiques Afrique centrale 2018), à Nairobi (Perspectives économiques en Afrique de l’Est 2018) et à Pretoria (Perspectives économiques en Afrique australe 2018 ). Pour chaque région, un thème spécifique est abordé, outre l’analyse et les prévisions macro-économiques : le marché du travail en Afrique de l’Ouest ; les ressources forestières du bassin du Congo en Afrique centrale ; l’activité manufacturière en Afrique de l’Est ; les chaines de valeur alimentaires en Afrique australe ; la sécurité alimentaire en Afrique du Nord.

Dakar, février 2018

J’ai passé quelques jours à Dakar mi-février 2018 afin d’assister aux journées du Club des dirigeants des banques et établissements de crédit d’Afrique et au SIPEN (les lives sont ICI). Séjour très intéressant, ma synthèse est par LA.


Journées du Club

La participations aux rencontres du Club des dirigeants des banques et établissements de crédit d’Afrique a permis de prendre le pouls d’une communauté bancaire en pleine maturation.

Avec un dynamisme exacerbé par la baisse constante de la moyenne d’âge des membres du Club, les participants commencent à prendre la mesure de leur nécessaire réaction à l’incursion des opérateurs de téléphonie mobile dans les services financiers.

Dans un premier temps, les banques ont répondu en mettant en place des solutions de wallet bancaires et autres solutions de banque « light » (Ecobank, Société générale) – avec plus ou moins de succès – elles souhaitent maintenant aller plus loin dans des solutions plus structurées et plus diversifiées.

En effet, les Orange Money, Wari et autres consoeurs sont confrontées aujourd’hui à la limite de leur modèle issu de l’airtime : l’inclusion financière ne se limite pas à la seule digitalisation de la monnaie en P2P ou P2B si elle aboutit inévitablement par du cash out, d’une part, et si elle ne s’accompagne pas des services financiers dont a besoin la population pour se projeter dans le temps : crédit et assurance, en particulier. On se rend compte que les wallets servent principalement à l’envoi de fonds à distance, que ce soit pour payer des factures sans se déplacer ou envoyer des fonds depuis la ville vers les campagnes. Mais beaucoup moins au point de vente. La carte bancaire dans la ville est ainsi le moyen de paiement en monnaie électronique privilégié dans les lieux qui l’acceptent. Avec une interbancarité limitée souvent en intra-banque (acquéreur/émetteur), puisque le TPE SG n’accepte pas les cartes d’autres banques locales, par exemple. Par contre les cartes Visa ou MC étrangères fonctionnent plutôt bien.
On peut constater de ce point de vue un moindre antagonisme entre les différents acteurs de la sphère financière, même si certains EME issus de la téléphonie comme Orange n’ont pas encore appréhendé la mesure de la complexité de la régulation bancaire et financière qui s’applique aux banques par rapport à celle des EME. En étant EME, Orange se considère régulé comme les banques.
Plus que de la technologie, le besoin encore aujourd’hui est d’innover dans le type de produit et service à développer pour répondre aux préoccupations des acteurs (particuliers, entreprises), la dimension technologique étant en soutien.
Sur le financement et les paiements internationaux B2B, à notre la tendance de passer par les banques marocaines comme correspondent bank des banques africaines, particulièrement impactées par le de-risking. Le sujet reste prégnant.

La mise en œuvre de Bâle 2, rendue obligatoire en zone UEMOA depuis le 1er janvier, préoccupe également les banques dans son impact potentiel sur le financement de l’économie, et le chef du patronat a même évoqué devant le Premier ministre – dans le cadre d’un événement regroupant tout le patronat de la région auquel j’ai eu le loisir d’assister – le risque sur le financement du Plan Sénégal émergent. Aucune étude d’impact n’ayant été réalisée par la communauté bancaire, le point est difficile à appréhender.

Cependant, il est clair que la communauté bancaire se porte plutôt bien, à la fois pour les banques panafricaines « subsahariennes », celles dont le siège se trouve au Maroc et en Europe.


SIPEN

En matière de technologie, le SIPEN a fait salle comble avec de nombreux représentants de start up sénégalaises, de financiers en capital (Partech, fonds UK, UE, etc), d’espaces de co-working (Jokkolabs), d’incubateurs (CTIC, Gaïnde 2000) ou d’expériences d’intrapreneuriat (Sonatel/Orange), qui ont mis en exergue les besoins de formation, de concrétisation des idées et de faire se rencontrer les idée et le financement. CTIC, l’incubateur présent depuis 8 ans, incube sur 3 ans maximum et pérennise 80% des start up qu’il incube. Certaines start up incubées chez Sonatel sont aujourd’hui incubée chez Orange Global dans la Silicon Valley.

Il est à noter l’importance pour une startup de sortir du pays pour devenir bankable, comme le signale d’Adie, dont le concours starup est récompensé par un voyage dans la Silicon Valley, passage obligé pour ce faire.
Côté paiements, au-delà des solutions sur mobile qui, au final, sont assez limitées dans leurs fonctionnalités, des opérateurs privés bâtissent l’interopérabilité from scratch, en connectant à la fois les wallets mobile mais aussi ceux des banques ainsi que la monétique en proposant aux commerçants des solutions d’acquisition globales (Intouch, Paydunya, etc). A noter une polémique sur WeCashUp dont on parle beaucoup en Europe (la société a été récompensée par des prix d’innovation) mais dont l’activité patinerait dans la région et en Afrique centrale, avec des difficultés techniques – et donc un succès sur le terrain tout à fait relatif.
Néanmoins, cette interopérabilité entre wallets différents et entre pays différents, née en Afrique de l’Est (cf MFS Africa), est l’un des enjeux majeurs de maturation du secteur actuellement.

A noter également la relocalisation à Dakar depuis le Kenya de la fondatrice de BitPesa, société intéressante de FX et paiements B2B. Cette société de paiements internationaux basée sur la blockchain (fondée au Kenya et présente au UK et Luxembourg) vient d’acquérir l’européenne TransferZero (agréée en Espagne), lui permettant de développer son activité au départ de l’Europe (vers 200 pays, 50 devises).

Par ailleurs, des banques en lignes européennes s’intéressent de près au marché de la région, en particulier Sénégal avec des solutions en marque blanche. C’est pile le type de solution dont le marché local a besoin, avec davantage de valeur ajoutée et de dimension « bancaire » que ce que peuvent proposer les EME issus des telcos. Il y a des concurrents (cf Yup de la SG) mais très peu compte tenu de la taille du marché et de la présence marquée des éditeurs classiques de core banking; la difficile et coûteuse intégration de ces solutions parfois surdimensionnées à l’échelle des besoins des banques locales a d’ailleurs fait grincer pas mal de dents.