Forum IT&Telecom à Abidjan le 26 avril 2019

J’ai participé à un très riche et dynamique panel sur le digital au féminin dans les économies africaines dans le cadre du Forum IT&Telecom à Abidjan le 26 avril 2019. Le débat aurait pu durer encore quelques heures à la faveur de l’engagement de Madame la Ministre Euphrasie Kouassi YAO et avec une audience nombreuse et impliquée. La Synthèse des échanges est disponible.

Les paiements ont-ils le don d’ubiquité?

En permettant d’utiliser le même moyen de paiement partout et pour régler tous types d’achats, les récentes innovations en la matière ont simplifié considérablement la vie des porteurs, de plus en plus internationaux. Ce n’est pas une nouveauté, grâce à la carte de paiement qui a développé un réseau d’acceptation du domestique à l’international grâce aux réseaux (Visa, MasterCard, Amex), du paiement de proximité à l’e-commerce ; contribuant d’ailleurs à son essor en fournissant une solution sécurisée pour payer à distance.

Qu’y a-t-il alors de nouveau ?
Aux fonctionnalités de « l’ancien monde » s’ajoutent aujourd’hui plusieurs solutions du « nouveau monde », et notamment :
– L’extension à l’international de l’acceptation de solutions domestiques comme les chinoises AliPay ou WeChat Pay en Europe ;
– Des services de fintechs disponibles sur mobile où que l’on soit, non directement rattachées à un compte bancaire (cartes multi-devises, transferts internationaux low cost, etc.).
La mondialisation des paiements ne s’appuie plus seulement sur les réseaux internationaux construits ad hoc par l’industrie mais profitent aussi d’autres réseaux (sociaux par exemple) construits initialement avec d’autres objectifs.
Car, on le sait, les paiements sont une affaire de réseau.

Record battu!

Fin 2018 : le nombre de paiements scripturaux en France aurait dépassé celui des paiements en espèces pour la première fois ! Les moyens de paiement scripturaux connaissent une véritable révolution, à l’aune des évolutions technologiques et de la mise à disposition de tout un chacun d’un terminal entre les mains utilisable à tout moment avec le téléphone mobile.  En France, les paiements en espèces représentaient 55% de l’ensemble des paiements (en nombre), soit 23,9 milliards d’opérations en 2015. Si l’on prend comme hypothèse que le nombre de paiements en espèces est stable, alors pour la première fois, en 2018, le nombre de paiements en espèces (ou « fiduciaires ») devrait être inférieur au nombre de paiements scripturaux, ces derniers dépassant 24 milliards d’opérations.  

La monétique demeure le moyen de paiement le plus dynamique, avec la moitié en nombre des opérations scripturales et le plus fort taux de croissance (+8,2% par an depuis 2012), stimulé, entre autres, par le développement du sans-contact. Les virements ne sont pas en reste, ils ont crû de +5,2% par an depuis 2012, et représentent en valeur 88% des paiements scripturaux avec plus de 24 mille milliards d’euros en 2017, suivis des prélèvements (1579 mille milliards d’euros).

De quoi l’appel à la diversité est-il le nom?

Tout autant que de la place des femmes dans la société et de l’égalité des chances, il s’agit de promouvoir une vision féminine du monde tout autant que masculine. Un équilibre. Trouver une issue par le biais de la compréhension de l’attente de l’autre et la discussion, la négociation, et pas seulement résoudre les problèmes par la force. Autrement que par l’exercice d’un pouvoir qui voudrait imposer une vision unilatérale. Décider et soumettre, versus chercher une solution win-win (un optimum de Pareto).

Les approches coloniales seraient du type contrôle et soumission, ainsi que toutes les conquêtes guerrières qui avaient pour objectif d’imposer une vision, une façon de faire (une culture), une façon de penser l’être et le monde (une religion). Alors que la politique commerciale européenne serait plutôt dans une volonté de donner l’exemple pour convaincre (l’ouverture des frontières); tandis que la politique de Trump est dans une démarche (nous simplifions) de prendre d’abord avant de donner, et de pouvoir.

Les formations en entreprise promues ces dernières années pour accompagner la transformation du management intermédiaire en leadership veulent mettre l’accent apparemment sur le dialogue et la résolution de problèmes par la prise en considération de l’autre. Le management empathique en quelque sorte. Indispensable lorsque l’on doit embarquer une communauté sans lien hiérarchique autour d’un projet. La ficelle du pouvoir et de la contrainte ne peut en principe plus être activée car obsolète. Mais dans les faits, dans les grandes entreprises croulant sous les projets, le sponsor du projet demeure clé pour que ce dernier avance. Dans les startups, le modèle horizontal de management, avec des dirigeants assis sur les plateaux avec les équipes veut atténuer le côté pyramidal et nécessairement administratif du modèle hiérarchique traditionnel. 

Mais ces formations ont raison lorsqu’elles veulent inciter chacun à laisser s’exprimer talents, qualités et compétences. Parce qu’il y a de la place pour tous.

Féminin et masculin sont partout dans la nature. Chez les hommes et les femmes indifféremment. Question d’éducation, de milieu, de sensibilité, avec donc une part d’inné et une autre d’acquis. Celui ou celle touché par une oeuvre artistique quelle qu’elle soit est en contact avec son féminin. Mais trop de féminin peut tuer le féminin. Parfois dire non pleinement avec le courage de celui qui se rencontre soi-même, pour pouvoir dire oui pleinement. Oui à la vie.

Ce n’est pas une passion que de s’intéresser à ces sujets. Diversité des ressources et des modes de pensée à une époque où l’état du monde, l’ouverture des frontières et l’horizontalité de nos sociétés exigent de repenser le modèle au-delà de son seul rajeunissement (out of the box). A la fois parce que le potentiel de ressources humaines est illimité, et parce que les ressources naturelles présentes sur notre planète sont finies – et déjà en régression. La notion de diversité veut prendre en compte la capacité de chacun à contribuer à cette nécessaire oeuvre commune. Pour le bien de toutes et tous.

Le nouveau modèle a forcément à s’inspirer de ce que la Vie a déjà fait sur la Terre à un moment donné. Car n’oublions pas que l’économie ne peut être qu’au service de la Vie. Et pas l’inverse.

Estelle Brack, Paris, 8 mars 2019

Back to basics

A l’occasion de l’arrivée de l’ouragan Florence aux Etats-Unis, les fournisseurs de papier carbone pour les paiements par carte ont vu leurs ventes reprendre. Comme à chaque fois dans ce genre de circonstances, tandis que chacun se prépare à rester enfermé quelques jours en autosuffisance, les commerçants, eux, se préparent aux coupures d’électricité et de réseau et ressortent les anciens « sabots » pour le règlement par carte. L’économie digitale, toutes nos activités autour d’elle et la monnaie électronique en particulier sont, en effet, très dépendantes de l’énergie elle-même. Ne faudrait-il pas aussi conserver au cas où, aux côtés de bougies et d’allumettes, un bon vieux téléphone USSD qui ne fait que… téléphone?

Forum économique international des Amériques 11-13 juin 2018

A l’invitation de l’Organisation Internationale de la Francophonie, j’ai participé pour la première fois au Forum Economique International des Amériques, à Montréal, les 11-13 juin 2018. Le panel dans lequel je suis intervenue était consacré à l’inclusion financière en Afrique. L’occasion de prendre du recul sur l’impact des phénomènes simultanés de globalisation et de repli sur soi, et l’ampleur que prennent les grands acteurs économiques américains et chinois, bi-polarisant le monde, au détriment de l’Europe selon les analystes les plus pessimistes.
Par ICI pour le détail de la table ronde. 

Cartes Afrique devient « Pay ID Expo »

Cartes Afrique – rebaptisé cette année « Pay & ID Expo » – a permis de faire le point sur les grandes évolutions du paiement sur le continent africain.

J’ai particulièrement retenu des échanges :
– L’intervention de Luping Zhang d’UnionPay, qui a souligné le grand succès du QR code pour le paiement mobile en Chine, grâce à sa simplicité. Mobile money va se continuer à se développer, et si la question est de savoir sous quelle forme (NFC, HCE, etc), le QR code (pas le plus avancé techniquement) mais grosse tendance car réunit des avantages forts pour tous les acteurs de la chaîne de valeur.
— Avantages / inconvénients de la carte => demat/tokenisation permet de baisser les couts => Transfo carte en QR pour payer chez les commerçants physiques
— Blockchain : un atout pour la régulation et les aspects sécurité, mais moins d’intérêt selon lui pour les systèmes cartes : en 3/4 parties une transaction doit actualiser chez 3/4 parties seulement alors que tous les nœuds blockchain doivent être actualises => plus complexe.
— Biométrie : les empreintes digitales ne laissent que 10 possibilités de changement tandis que le PIN de la carte peut être changé selon les combinaisons à 4 chiffres

Pour le CEO de HPS, Mohamed Horani : 19 milliards de cartes auj. et 24 milliards en 2020. Bcp de personnes dans le monde rêvent d’avoir une carte, il s’agit aujourd’hui de trouver les combinaisons mobile et carte.

Maroc
Une cellule « paiements mobile » a été créée auprès du gouverneur de la BKAM et va sortir sous peu une solution mobile interopérable entre les wallets existants des différentes banques et avec telcos via une plateforme commune processée par HPS Switch, après des travaux menés conjointement entre BKAM et ANRT. Comptes de monnaie électronique.350 millions transactions cartes et objectif 1 milliard à 5 ans avec le mobile pour 400 milliards dirham dont 15% en valeur pour le mobile. 90ù des transactions cartes sont des retraits sur DAB

Gabon
Expérience de poste-finance au Gabon avec filialisation partie services financiers de la Poste qui a connu des pb de gestion. Création sous agrément IMF car moins exigeant en FP et objectif de devenir banque à 3-5 ans. Projet de ce type au Sénégal n’a pas fonctionné. 280 000 clients fonctionnaires au Gabon concernés, pas d’enrôlement nécessaire car réutilise la base clientèle existante de la partie services financiers de la Poste.

Fonds gabonais d’investissements stratégiques avec 100 Mds CFA en 2012 et abondement de 10% bénéfices exploitation ressources naturelles par an (Auparavant fonds pour les générations futures en sommeil à la BEAC). Intervient beaucoup en equity. 80% au Gabon mais aussi 20% à l’extérieur du pays : Oragroup / IGS au Nigeria/Fonds agricole Agrilene en CI ou stevia au Ghana

Algérie
mPos sur la table des discussions
Obligation faite aux commerçants d’avoir une solution d’acceptation carte/mobile avec 2018 année de grâce et pénalités à partir de 2019 => nouveaux acteurs TPE sur le marché
Usine de montage de TPE en Algérie car sinon 3 à 6 mois pour faire venir. Commerçants assez reluctants mais switch pousse. Dialogue avec Telcos
Question de l’obligation ou non d’adosser un wallet à un compte bancaire

Tunisie
USSD pour toucher max de personnes et intéresser les telcos mais aussi autre techno app embarquée avec QR code / NFS => pb autres acteurs syst qui ont main-mise sur ce système (Apple…)

UEMOA
Obligation de faire compensation en monnaie locale pour toutes transactions entre deux acteurs, y compris intragroupe => via switch GIMPlateforme GIM UEMOA sur base techno HPS


Ecobank dispose d’une solution de paiement par QR code en Côte d’Ivoire sur mobile phone.


La Directrice de Trustech (qui se tient à Cannes tous les ans, ex-Salon Cartes) Claire de Longeaux était présente pour la première fois et a apprécié le dynamisme des échanges.

Perspectives économiques en Afrique 2018

La Banque africaine de développement a complété ses Perspectives économiques en Afrique par cinq rapports régionaux.

Ces études économiques régionales ont été rendues publiques à Tunis (Perspectives économiques en Afrique du Nord 2018), à Abidjan (Perspectives économiques en Afrique de l’Ouest 2018 et Perspectives économiques Afrique centrale 2018), à Nairobi (Perspectives économiques en Afrique de l’Est 2018) et à Pretoria (Perspectives économiques en Afrique australe 2018 ). Pour chaque région, un thème spécifique est abordé, outre l’analyse et les prévisions macro-économiques : le marché du travail en Afrique de l’Ouest ; les ressources forestières du bassin du Congo en Afrique centrale ; l’activité manufacturière en Afrique de l’Est ; les chaines de valeur alimentaires en Afrique australe ; la sécurité alimentaire en Afrique du Nord.